Invité de Conjoncture : Larbi Benrazzouk, Directeur Général de Maroc PME

« L’esprit d’entreprise, moteur du développement et de la création d’emplois »

Quel est votre regard sur l’évolution des PME-TPE au Maroc ces dernières années ?

C’est un regard qui considère la PME comme un acteur majeur dans le paysage économique marocain. Un acteur qui représente plus de 95 % du tissu productif et qui dispose de capacités avérées à générer de l’emploi et de la valeur ajoutée. Depuis déjà de nombreuses années, les pouvoirs publics en ont pris conscience, ce qui a constitué un élément décisif dans la mise en œuvre de politiques et de mesures visant à promouvoir et à fournir l’appui nécessaire à cette catégorie d’entreprises.

Le développement de l’entrepreneuriat se caractérise par une amélioration continue de l’environnement des affaires, une réactivation de la dynamique entrepreneuriale, ainsi que par la mise en place de plans de développement régionaux ambitieux, intégrant la composante entrepreneuriale. Toutes ces actions sont le fruit d’une forte volonté politique qui a érigé l’émergence industrielle au cœur de ses priorités. Caractéristique essentielle de l’évolution récente des PME marocaines, la forte demande d’accompagnement exprimée, qui traduit une propension à la modernisation et au changement d’échelle. Maroc PME a accompagné, entre 2014 et 2016, plus de 650 PME, pour un investissement total de plus 5 milliards de dirhams et 47 000 emplois prévisionnels créés. 83 % de ces PME relèvent d’écosystèmes industriels engagés dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle 2014-2020 (PAI).

Selon vous, comment peut-on améliorer la compétitivité des PME marocaines ?

Depuis plus d’une décennie, Maroc PME a constitué un capital-clients de plus de 33 000 entreprises accompagnées, grâce à un écosystème qui s’est construit progressivement en favorisant des synergies fortes entre parties prenantes. En témoignent la forte implication du système bancaire, la confiance des bailleurs de fonds, la mobilisation d’un réseau étoffé de consultants et la contribution d’un large éventail d’associations et de partenaires locaux. Pour ce qui concerne l’offre d’accompagnement de Maroc PME, en ligne avec le PAI, le dispositif s’appuie sur une proposition de valeur ciblant l’auto-entrepreneur, la Très Petite Entreprise (TPE), la startup et la PME.

S’agissant de la nature de l’accompagnement lui-même, il se décline globalement en deux grandes catégories, le soutien à l’investissement, générateur d’emplois, et l’appui technique, qui privilégie les « plans progrès » multi-actions à vocation structurante.

En outre, l’Agence ambitionne de contribuer à améliorer « le quotidien de l’entrepreneur » sur des questions clés en phase avec les chantiers structurants lancés au niveau national. Ceci constitue une proposition de valeur complémentaire pour l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs et de PME, au service du développement industriel et territorial, de la compétitivité économique et du progrès social.

Les PME marocaines sont-elles suffisamment innovantes ? Quels sont les dispositifs d’encouragement en matière d’innovation ?

Cette question récurrente appelle tout d’abord une précision quant à la distinction entre créativité et innovation. La créativité relève de la production d’idées (Penser autrement), alors que l’innovation renvoie à la mise en œuvre d’idées (Faire autrement). La seule vérité en matière d’innovation, c’est ce que le client va en faire. La problématique qu’il convient de souligner est que les entrepreneurs perdent en esprit d’innovation à cause du temps consacré aux activités non créatrices de valeur, pour résoudre des problèmes quotidiens liés aux recouvrements, aux procédures administratives et à l’accès aux marchés. Simplifier la vie de l’entrepreneur reste le point de départ pour permettre à celui-ci de dégager ne serait-ce que des micro moments de créativité et d’innovation. Maroc PME est convaincu de la nécessité de promouvoir de nouvelles approches de créativité et d’innovation à l’échelle du tissu entrepreneurial. Je cite à titre d’exemple :

  • La co-création pour stimuler la créativité dans le cadre de réseaux d’entreprises ;
  • L’approche du lean-innovation qui permet de se rapprocher plus rapidement du client final et de connaître l’usage qu’il en fera ;
  • L’innovation frugale qui place la simplicité et l’ingéniosité au centre de la démarche d’innovation ;
  • L’innovation ouverte, basée sur le partage et la coopération entre entreprises, dans un environnement d’échanges et de confiance.

 

Pouvez-vous dresser un premier bilan du statut d’auto-entrepreneur ?

Comme vous le savez, le statut de l’auto-entrepreneur a pour ambition de promouvoir l’esprit d’entreprise, la culture et l’initiative entrepreneuriales en tant que moteur du développement et de la création d’emplois. Il vise également à contribuer à la lutte contre la fragilité de nombreuses catégories actives, à l’intégration des activités informelles, ainsi qu’à la réduction du chômage, en particulier chez les jeunes et les diplômés.

La mise en place de ce statut et l’adoption d’un système d’adhésion digitalisé permettent d’encourager le travail indépendant à travers une série de mesures offrant la possibilité d’exercer aisément et à moindre coût ses activités professionnelles. Le déploiement du statut de l’auto-entrepreneur a connu en 2015 un démarrage réussi, sur la base d’une opération pilote. À fin mars 2017, près de 41 000 auto-entrepreneurs s’étaient inscrits au Registre National des auto-entrepreneurs (RNAE).

Le Maroc a récemment accéléré le rythme dans le cadre du développement de la coopération économique avec l’Afrique ? Les PME marocaines ont-elles également un rôle à jouer pour conforter le Maroc dans son positionnement de hub africain ?

Maroc PME est un contributeur de référence dans le développement de l’écosystème entrepreneurial. L’expertise acquise dans des domaines pointus (ingénierie des programmes d’appui, entrepreneuriat, monitoring, évaluation d’impact, contractualisation et partenariats, audit et gouvernance, veille, etc.) incite à s’inscrire dans une logique d’échange et de partage avec des pays qui expriment aujourd’hui une demande concrète.

A ce titre, les relations institutionnelles entre Maroc PME et les autres agences de promotion des PME en Afrique, à travers la mise à disposition de l’expérience et des compétences de l’Agence, constituent un moyen efficace de rapprochement entre les entreprises africaines aspirant à partager les dividendes du « Made in Africa » avec des taux d’intégration industrielle importants.

Sur quels programmes travaille actuellement Maroc PME ?
A titre de rappel, l’offre de Maroc PME couvre une panoplie de programmes qui portent aussi bien sur le soutien à l’investissement que sur l’Assistance Technique et la transformation digitale des TPE et des PME. L’édition 2017 des programmes de soutien à l’investissement de croissance Imtiaz et Istitmar cible respectivement les TPE à fort potentiel de croissance et les PME en amorçage ou en croissance, disposant de projets d’investissement créateurs d’emplois et favorisant le changement d’échelle, l’émergence de nouveaux modèles d’affaires, l’innovation et le développement durable. Des primes à l’investissement sont octroyées et peuvent atteindre 10 millions de dirhams par entreprise bénéficiaire pour Imtiaz et 2 millions de dirhams pour Istitmar.

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