Interview d’Eric Baulard, Directeur de l’AFD au Maroc

« L’AFD accompagne les grandes politiques publiques du royaume depuis 25 ans »

Conjoncture.info : Quel regard portez- vous sur le Maroc et les relations qui le lient à la France ?
Éric Baulard : 
L’Agence Française de Développement (AFD) accompagne les grandes politiques publiques du Royaume sans discontinuer depuis 25 ans à travers des financements importants et diversifiés. Le dynamisme de nos activités au Maroc reflète l’intensité et la qualité du partenariat d’exception entre les deux pays.

L’AFD a notamment accompagné les grandes stratégies sectorielles marocaines. Quel bilan dressez-vous de l’action de l’AFD dans le Royaume depuis l’installation de son bureau à Rabat en 1993 ?
Le Maroc est, depuis plusieurs années, le premier bénéficiaire des financements de l’AFD. Depuis 1992, le cumul des engagements du groupe s’élève à environ 6 milliards d’euros avec une exposition globale de 2,2 milliards d’euros (au 31 décembre 2015). Notre groupe intervient au Maroc à travers plusieurs composantes. Outre l’Agence Française de Développement installée à Rabat, nous disposons à Casablanca d’un bureau de PROPARCO, filiale de l’AFD dédiée au financement du secteur privé. Nous mobilisons également le Centre d’Études Financières, Économiques et Bancaires (CEFEB), l’Université d’entreprise basée à Marseille et le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) dont l’AFD assure le Secrétariat. Enfin, nous travaillons de plus en plus en cofinancement, en particulier avec les bailleurs de fonds européens et en partenariat avec la Commission européenne, notamment grâce aux subventions de la Facilité d’Investissement pour le Voisinage (FIV). Au cours de ces dernières années, l’AFD a fortement accru son activité en réponse aux attentes du Royaume et de ses principaux opérateurs. Depuis 2011, l’AFD a ainsi accordé 1,6 milliard d’euros de financements au Maroc pour soutenir les politiques publiques lancées par les autorités marocaines, qui se sont dotées de plans sectoriels ambitieux tels que le Plan d’Accélération Industrielle, le Plan Maroc Vert, le Plan Halieutis, le Plan Solaire, le Programme « Villes sans bidonvilles » ou encore le Programme d’Urgence de l’Éducation Nationale. Ces programmes ont, par exemple, permis de soutenir 28 000 exploitations agricoles familiales (Plan Maroc Vert), d’attribuer 158 000 logements décents, d’installer 160 MW de nouvelles capacités en matière d’énergies renouvelables et de créer 25 000 emplois par l’aménagement de zones industrielles. Sans exclure le financement ponctuel de projets, l’AFD s’emploie à accompagner les politiques publiques par des aides-programmes et des appuis budgétaires sectoriels (éducation, emploi). En outre, l’AFD développe, depuis plusieurs années, le recours à des concours « non souverains » (prêts accordés sans la garantie du Royaume) à de grands opérateurs publics. Lorsque cela s’avère nécessaire, l’AFD conforte ses prêts par des subventions dédiées en priorité à la gestion environnementale et sociale afin d’aider des partenaires à renforcer leurs actions et impacts en matière de développement durable. Toutefois, dans un pays à revenus intermédiaires tel que le Maroc, nos interventions se font à 98 % sous forme de prêt.

Aujourd’hui, le Royaume est le premier pays bénéficiaire des programmes de l’AFD. Quels sont les principaux enjeux et objectifs de votre action au Maroc ?
La stratégie d’intervention de l’AFD au Maroc a deux finalités : l’amélioration de la productivité du travail et de la compétitivité des entreprises d’une part, et la promotion d’un développement soucieux de la cohésion sociale et de l’environnement, d’autre part. Cette stratégie se déploie sur deux axes transversaux qui consistent à encourager les bonnes pratiques environnementales et sociales et à promouvoir l’influence française. Quatre grands objectifs opérationnels découlent de cette stratégie. Le premier consiste à valoriser le capital humain par une approche intégrée éducation-formation-emploi. Il s’agit de former des compétences adaptées aux secteurs d’avenir et de renforcer l’accès à l’éducation et à un enseignement de qualité. Le deuxième objectif est le soutien à la modernisation des TPE/PME pour contribuer à la création d’emplois, à l’amélioration des revenus et à la promotion d’une croissance économique durable et inclusive. Le troisième objectif a trait à la promotion de l’attractivité des territoires. Les territoires ruraux sont concernés par l’amélioration de la productivité et la sécurisation des revenus des exploitations familiales. Nous y appuyons également des programmes d’irrigation et de gestion sociale de l’eau. En ce qui concerne les territoires urbains, nous accompagnons le développement de services essentiels à travers le transport, l’assainissement, l’aménagement et le logement social. Enfin, notre dernier objectif concerne la gestion de la rareté des ressources naturelles et la lutte contre le dérèglement climatique.

 

Retrouvez l’intégralité de cet article dans la prochaine édition de la revue Conjoncture.

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