Interview de Hicham Zouanat, Président de la Commission Emploi et Relations Sociales de la CGEM

Quel est votre regard sur la situation de l’emploi au Maroc ?
La situation de l’emploi au Maroc est la conséquence directe de notre niveau de compétitivité. En 2000, nous avons signé les accords de libre-échange avec l’Union européenne. Depuis, le Maroc a signé 55 autres accords de libre-échange. En contrepartie, nous devions avoir accès à un marché d’un milliard de consommateurs en plus. Mais la réalité c’est que le Maroc est déficitaire sur l’ensemble de ses accords de libre-échange, avec tous les pays. Ces accords sont une bonne chose pour l’ouverture et le développement du pays, mais il n’est pas normal qu’avec un tel niveau de compétitivité, nous soyons déficitaires avec ces 55 pays, dont plusieurs se trouvent à un stade de développement équivalent, tels que la Tunisie, la Jordanie, ou encore l’Égypte. Il y a différentes raisons à cela. Le premier point, ce sont les structures de coût qui entrent dans les prix de revient des produits marocains : l’énergie, le foncier, le coût du financement, le niveau des charges sociales (28 %) et le coût fiscal. Nous ne sommes compétitifs sur aucun de ces points. En Afrique, nous avons le salaire minimum le plus élevé après l’Afrique du Sud. Notre SMIG est même plus élevé que celui de certains pays européens comme la Roumanie. En ce qui concerne les cadres dirigeants, nos salaires n’ont plus rien à envier à ceux d’Europe du Sud (Espagne, Grèce, Portugal, etc.). L’emploi n’est que la résultante directe de ce que l’on peut produire au Maroc et exporter. Notre déficit commercial montre qu’une bonne partie de notre consommation provient d’une production étrangère qui a pris la belle part en termes d’emploi. Une partie de cette production devrait être réalisée par la main-d’œuvre marocaine. Quand on examine le taux de chômage, nous avons, à la limite, stagné autour de 10 %, mais le plus alarmant c’est le secteur industriel. Il s’agit du seul secteur qui produit des emplois pérennes, contrairement à l’immobilier ou aux services, qui ont des chantiers ou des missions fixées dans le temps. Or, au Maroc, la part de l’industrie dans le PIB global a diminué, passant de 18 à 13 % en quelques années. Ce qui montre que, malgré l’attractivité que nous offrons à certains grands opérateurs tels que Renault ou Peugeot, nous continuons à accuser un retard dans le secteur le plus vital, le plus pérenne pour l’emploi.
Par ailleurs, il existe une relation directe entre la croissance du PIB et la création d’emploi au Maroc : pour un point de PIB, l’on crée à peu près 29 000 emplois, lorsque d’autres pays créent 38 000 emplois par point de PIB. Une autre contrainte importante pour le pays est le secteur informel qui représente une concurrence déloyale par le bas. L’informel atteindrait 33 à 40 % de l’économie marocaine d’après les études, ce qui est énorme.

Quelles sont les principales mesures en faveur de l’emploi préconisées par la CGEM ?
L’une des solutions viendra par la réforme de notre arsenal juridique, notamment l’amendement de notre Code du Travail afin qu’il répondre davantage à l’évolution, la modernité et les progrès technologiques. Un des chantiers les plus importants de la CGEM est de donner plus de flexibilité aux entreprises. Trois propositions en découlent : augmenter la durée des missions d’intérim pour passer de trois mois renouvelables une fois à 12 mois renouvelables une seule fois, comme dans la plupart des pays européens. Deuxièmement, nous proposons de créer d’autres types de contrats comme le contrat à temps partiel. Au Maroc, nous avons un taux d’emploi très faible chez les femmes, 26 %, et nous devons leur offrir, comme en Europe, des contrats qui leur permettent de concilier contraintes familiales et épanouissement professionnel. Le dernier axe concerne la création des missions de chantier pour certains secteurs comme le BTB qui travaillent généralement sur 18 mois alors qu’ils ne disposent que de CDD à 12 mois.
Avant 2004, le secteur du travail temporaire n’était pas du tout réglementé, ce qui a donné lieu à des abus. À partir de 2004, un cadre juridique a été posé, mais de manière trop restrictive, d’où l’importance d’apporter plus de flexibilité à ce type de contrats. Le besoin de flexibilité n’est pas le besoin de se débarrasser des gens quand on veut, mais le besoin lié au carnet de commandes. En signant les accords de libre-échange, le Maroc n’a plus la même visibilité en termes de carnets de commandes. Même pour les salariés en intérim, une expérience d’un an ou deux est plus valorisante pour un CV.

 

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