Interview de Madame Estelle Grelier, Présidente de Business France et Députée de Seine-Maritime.

« Business France souhaite créer un parcours à l’export simplifié et renforcé pour les PME »

Conjoncture.info : Quel a été l’impact de la fusion en janvier 2015 entre Ubifrance, l’Agence Française pour le Développement International des Entreprises et l’AFII, l’Agence Française pour les Investissements Internationaux ? Quelle est aujourd’hui la vision de Business France et comment ont été redéfinis ses missions et objectifs ?

Estelle Grelier : La fusion d’Ubifrance et de l’AFII a permis de rassembler les synergies entre les deux métiers historiques des deux Agences dans un but affirmé : favoriser mieux encore l’internationalisation de l’économie française. Les principaux objectifs de Business France sont au cœur de cet enjeu :
– favoriser l’accompagnement à l’international des ETI et PME à fort potentiel et dans la durée et développer les partenariats technologiques internationaux des entreprises françaises ;
– mettre en œuvre des services dédiés à l’accompagnement des start-up à l’international ;
– développer leurs exportations sur les marchés internationaux et notamment dans les secteurs prioritaires de l’export ;
– favoriser les projets d’investissement étrangers en France, y compris pour la reprise d’entreprises en difficulté, en concertation avec les territoires, par la détection de projets et la prospection d’investisseurs étrangers ;
– développer une stratégie globale d’influence au service de l’attractivité économique de la France et de la promotion de l’image de la France et de ses territoires à l’international (par exemple le volet international de la French Tech et la campagne sur l’image économique de la France « Créative France »).
Ces objectifs figurent in extenso dans le Contrat d’Objectif et de Performance – le COP – conclu le 6 octobre dernier entre Business France et ses tutelles : le Commissariat Général à l’Égalité des Territoires, le Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique et le Ministère des Affaires Étrangères et du Développement International. Mais sans attendre, toutes les équipes de Business France se sont très largement mobilisées pour conduire un ambitieux projet de fusion, aujourd’hui réalisé et maintenir, de front, une activité forte puisque toutes les cibles que nous nous étions fixées sur les trois métiers principaux de l’Agence (Export, investissement, Promotion et Communication sur l’image de la France) ont été atteints et dépassés.

Vous avez accompagné Monsieur Matthias Fekl, Secrétaire d’État chargé du Commerce Extérieur, de la Promotion du Tourisme et des Français de l’Étranger, lors de sa visite officielle au Maroc en octobre dernier. Quelles ont été vos impressions sur le Maroc ?
J’ai accompagné Matthias Fekl à l’occasion du Salon Pollutec Maroc, sur lequel Business France, avec le formidable appui de son partenaire au Maroc, la CFCIM, a réuni pas moins de 73 entreprises sur le Pavillon France, le plus grand Pavillon étranger de ce salon très important. J’ai pu, notamment, avoir plusieurs échanges avec des officiels du Royaume, dont Mme Hakima El Haité, Ministre de l’Environnement.
J’ai profité également de ce déplacement pour lancer, dans les murs de la CFCIM, la Campagne Créative France, déclinée dans le monde entier depuis le 5 octobre dernier, date de son lancement à Tokyo par le Premier Ministre, Manuel Valls. Enfin, j’ai mené plusieurs séries d’entretiens bilatéraux avec nos partenaires français (Mme Papalardo, Présidente de Vivapolis), marocains (Jean-Marie Grosbois et Philippe Confais pour la CFCIM), avec des entreprises et des investisseurs.
Mais, ce n’était pas, loin de là, mon premier déplacement au Maroc, pays pour lequel j’ai, depuis très longtemps, une admiration et une tendresse toutes particulières.

Quel est votre regard sur la stratégie du Commerce Extérieur de la France, ainsi que sur le plan d’actions pour renforcer l’internationalisation des entreprises françaises ? Quels sont et quels seront les nouveaux dispositifs mis en place par la France afin d’améliorer sa compétitivité à l’international ?
La politique des pouvoirs publics en matière de commerce extérieur vise à renforcer l’internationalisation des entreprises françaises. Elle repose sur trois axes principaux. Le premier consiste à optimiser l’action des opérateurs de l’État et, plus largement, de l’écosystème de l’Export. Ubifrance et l’AFII ont été fusionnées pour donner naissance à Business France, qui va intégrer également une partie des missions de Sopexa, l’Agence chargée de la promotion internationale des produits agroalimentaires. Business France poursuit cette action d’intégration et de coordination en fédérant les acteurs de l’Export afin de créer un parcours à l’export simplifié et renforcé pour les PME. Des conventions ont été passées à cet effet avec les Chambres de Commerce et d’Industrie de France et les CCI Françaises à l’International, avec le Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur de la France, ainsi qu’avec l’Association des Régions de France. De même, un conseil économique a été créé dans les ambassades afin de coordonner les actions des acteurs de la diplomatie économique. Enfin, un guichet unique a été mis en place pour les entreprises. Il réunit les services offerts par Business France, la Coface et Bpifrance – c’est le label « Bpifrance export » –, ainsi qu’un guichet unique national du dédouanement, qui a pour mission de dématérialiser, à l’horizon 2018, l’ensemble des documents liés aux procédures douanières à l’export.

« Un plan d’action est mis en œuvre pour démocratiser l’accès des PME et des ETI aux soutiens financiers à l’export. Ces réformes ont été complétées, en 2015, par des initiatives nouvelles et d’autres encore verront le jour dans les prochains mois. »

Le deuxième axe d’aide à l’internationalisation consiste à fédérer l’offre des entreprises françaises, PME et grands groupes, à l’international. C’est la stratégie sectorielle du commerce extérieur. Elle prend deux formes. D’une part, cette offre a été structurée autour de quelques grandes filières qui sont très demandées à l’international et qui correspondent à des savoir-faire français reconnus dans le monde. Les six familles de produits stratégiques à l’export couvrent les domaines suivants : ville durable, santé, agroalimentaire, communication, industries culturelles et créatives, tourisme à l’export. D’autre part, les pouvoirs publics soutiennent le développement international des entreprises dans le cadre de la politique de filières industrielles et des services, conduite par le Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. La plupart des contrats de filière comprennent désormais un volet international – la santé, par exemple, ou encore l’aéronautique, les éco-industries et le numérique. Enfin, le troisième axe décisif consiste à rénover les financements export. Trois dispositifs visant à faciliter le financement des exportations ont été mis en place depuis 2012, notamment un dispositif de refinancement de crédits-exports et une offre de crédits-export de petits montants, créée par Bpifrance. Un plan d’action est également mis en œuvre pour démocratiser l’accès des PME et des ETI aux soutiens financiers à l’export. Ces réformes ont été complétées, en 2015, par des initiatives nouvelles et d’autres encore verront le jour dans les prochains mois.
Toutes ces réformes en cours et celles à venir font désormais l’objet d’un pilotage d’ensemble grâce à l’installation, en 2015, du Conseil Stratégique de l’Export, qui réunit les principaux acteurs publics et privés intervenant dans le soutien à l’internationalisation des entreprises.

Dans le cadre de cette stratégie, quels rôles seront amenés à jouer les réseaux appuyant la présence française à l’étranger ?
La diplomatie économique est une chance et l’Agence joue un rôle important pour la faire vivre et la faire réussir dans le Triangle d’or : ambassades, services économiques, Business France. L’Ambassadeur est le premier représentant de la France dans un pays étranger. Il coordonne l’action de l’ensemble des services et entités françaises dans le pays. Le réseau international de la Direction Générale du Trésor anime les actions économiques de la France dans le pays. Business France est l’opérateur de terrain pour la dimension commerciale des actions. Elle a noué des partenariats avec les Chambres de Commerce et de l’Industrie étrangères afin de mieux connaître les besoins des entreprises et d’anticiper les actions à mener.
Au Maroc, la situation est très particulière puisque Business France ne possède pas de bureau. En revanche, nous avons un partenaire de premier rang à qui nous avons délégué notre mission de service public, la Chambre Française de Commerce et d’Industrie du Maroc (CFCIM). Ce partenariat de longue date (notre premier accord a été conclu en 2006) a été renouvelé pour au moins trois ans au début de l’année 2015 ; il nous donne en effet toute satisfaction.
Pour autant, la formule de la Délégation de Service Public (DSP) à laquelle Business France a recours aujourd’hui dans cinq pays (Maroc, Pérou, Venezuela, Jordanie, Madagascar) nécessite de la part de nos partenaires des moyens solides et un engagement sans faille ; c’est le cas au Maroc compte tenu de la taille de la CFCIM, de sa puissance et de la compétence de ses équipes.

Quels seront les principaux temps forts de cette collaboration en 2016 ?
En 2016, 12 opérations collectives sont programmées dont un forum de la Santé et un colloque sur les risques industriels à Casablanca, des rencontres acheteurs dans les secteurs du tourisme, de la chimie et des mines, un pavillon France sur le SIAM à Meknès. Une rencontre avec des bailleurs de fonds internationaux, les banques et opérateurs du secteur privé est également attendue à Casablanca. D’autres rencontres-acheteurs sont prévues sur la logistique, la cyber-sécurité, de même que des participations à Pollutec Maroc, au Salon International du Bâtiment et au Midest Maroc. Bref, un programme ambitieux, au niveau de relation d’excellence avec la CFCIM.

Selon vous, comment ce partenariat pourrait-il évoluer dans les années à venir ?
Nous avons quelques années devant nous ; les trois années à venir puisque la DSP a été prorogée sur cette base. Et vraisemblablement les trois années suivantes puisque la DSP peut être conclue pour trois fois trois ans. Nous devons en profiter pour renforcer encore notre partenariat. Il est déjà excellent, mais tout peut toujours être amélioré. Je pense par exemple aux 4 000 membres de la CFCIM, dont beaucoup d’entreprises marocaines, que Business France serait ravie d’accompagner dans leurs projets d’investissements en France.

 

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