Zahra Maafiri : «Il faut redéfinir la notion de compétitivité du Maroc».

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Conjoncture reçoit ce mois-ci Zahra Maafiri, Directrice Générale de Maroc Export, le Centre Marocain de Promotion des Exportations.

Conjoncture : Vous êtes arrivée à la tête de Maroc Export le 21 février 2013, en remplacement de Saad Benabdallah, vous avez travaillé avant avec Abdellatif Maâzouz alors Ministre du Commerce Extérieur…, quelle « touche personnelle » avez-vous apporté à l’export marocain ?

Zahra Mafaari : Il fallait surtout continuer le travail. J’ai trouvé Maroc Export en pleine expansion avec des actions d’envergure, très marquantes… ma touche personnelle c’est peut-être d’avoir accéléré nos relations avec notre environnement direct, notamment avec le secteur privé, pour mieux connaître les besoins des opérateurs et approfondir les mécanismes d’accompagnement à l’exportation pour qu’ils soient efficaces. Et puis les équipes de Maroc Export et les entreprises avaient besoin d’être rassurées, j’ai donc mis en place, sous l’autorité de Mohammed Abbou, Ministre chargé du Commerce Extérieur, un plan triennal qui s’étend jusqu’en 2016. Nous sommes un centre tourné vers le Monde et ce plan, qui concerne aussi nos moyens humains et financiers, va nous donner de la force. Aujourd’hui, Maroc Export doit gérer davantage de secteurs à l’export, cela veut dire que nos plans industriels fonctionnent, que le plan Maroc Vert est en avance sur ses objectifs, et que de nouveaux secteurs comme l’industrie pharmaceutique, l’agroalimentaire, la chimie, les nouvelles technologies et l’aéronautique sont de plus en plus performants, il faut donc les accompagner.

 

Vous travaillez maintenant avec le Ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie Numérique, Moulay Hafid Elalamy qui est issu directement du monde de l’entreprise, qui a été le patron de la CGEM… Est-ce que cela change quelque chose de travailler avec un Ministre qui connaît mieux l’Entreprise, le business en général, qu’un homme politique traditionnel ?

Oui… Il s’inscrit de cette façon dans l’accélération de notre politique industrielle. Donc, c’est vrai, c’est un rythme beaucoup plus soutenu. Maroc Export doit maintenant accompagner maintenant sa volonté de valorisation de l’offre exportable marocaine. Le mot d’ordre de Moulay Hafid Elalamy, c’est « l’écosystème »… une meilleure évaluation de la chaîne de valeurs Maroc pour une intégration plus efficace dans le marché global mondial.

 

Les économistes sont tous d’accord pour dire que les exportations et la diversité de ces exportations sont aussi importantes que la réforme de l’Education par exemple, pour booster la croissance du Maroc. L’offre marocaine doit donc encore évoluer et s’affirmer à l’export… comment faire ?

Le Maroc est malgré tout un bon modèle de croissance dans sa région et sur le continent. Nous devons renforcer cette croissance pour résoudre notre problème de chômage, et réduire les écarts sociaux. Et pour cela, il faut être compétitifs et même redéfinir cette notion de compétitivité du Maroc. L’exportation nous rapporte des devises pour financer les investissements et créer de l’emploi. Il faut pour cela aller s’installer sur de nouveaux marchés. D’où l’importance de notre action vers les autres pays africains. Il y a parmi ces pays des émergents comme le Kenya que nous connaissons bien à Maroc Export et qui vont avoir besoin de partenaires pour se développer. L’Afrique est très riche, son sous-sol est riche, sa terre est riche, sa population est jeune et dynamique et le Maroc ne peut que s’épanouir sur ces nouveaux marchés.

Quel est la nouvelle définition du « made in Morocco » à l’international ?

Nous étions historiquement, pour nos partenaires, un pays du Maghreb ouvert et stable, culturellement riche, proche de l’Europe, un pays de tourisme et de soleil, et nous sommes en train de devenir un pays synonyme de qualité, d’innovation, de main d’œuvre à forte valeur ajoutée avec une grande réactivité sur les marchés internationaux. Avant, il ne faut pas se le cacher, nos partenaires étaient essentiellement attirés par le coût du travail au Maroc mais nous avons compris que nous ne pouvions pas rivaliser avec le Bangladesh ou le Pakistan et que ce n’était pas un positionnement d’avenir pour nos entreprises. Le Maroc a donc beaucoup investi dans la formation. Si l’on prend l’exemple de la filière aéronautique… chez Airbus au Maroc, il n’y a que des ingénieurs marocains. Nous arrivons maintenant à l’international avec cette qualification de la main d’œuvre marocaine, avec cette idée de recherche, d’innovation technologique et on le voit dans l’automobile, dans l’aéronautique, la chimie, le « made in Morocco » trouve sa place dans les standards mondiaux.

On parle du Maroc comme tremplin pour les entreprises françaises et internationales en Afrique subsaharienne, on parle aussi du Maroc comme une « base arrière » de l’Europe pour les Chinois, c’est encore une nouvelle piste ?

La Chine est une grande nation commerçante avec son propre modèle et ils se sont très bien développés à l’international pour répondre à d’énormes besoins nationaux. Mais ils se trouvent face à un changement sociétal important, où pour la première fois leur croissance peut être générée par leur consommation locale. Les salaires augmentent en Chine et dans certains secteurs, produire en Chine pour le marché européen ou américain n’est plus rentable. Alors, c’est vrai, les Chinois sont en Afrique depuis longtemps, mais le Maroc commence à les intéresser grâce à son positionnement géographique, et surtout à ses accords de libre-échange avec de nombreux pays dont les Etats-Unis. Là, je suis en train de parler de produits chinois qui seront peut-être fabriqués très bientôt au Maroc et donc exportés en tant que tel vers l’Europe ou les Etats-Unis. Si on parle maintenant du marché chinois, je peux vous dire que l’huile d’olive marocaine, l’huile d’argan et le couscous sont en train de gagner des marchés là-bas grâce à nos opérations de promotion.

En Afrique, Maroc Export a beaucoup investi sur les fameuses caravanes de promotion qui ont permis à de nombreux chefs d’entreprises marocains de prendre contact avec ces nouveaux marchés potentiels, est-ce que c’est de la « diplomatie économique » ou est-ce que ça marche vraiment ?

C’est une réussite. Nous allons à la rencontre des décideurs sur place et on les accueille ici. Je voudrais juste citer la phrase de Sa Majesté Mohammed VI dans son discours du 24 février dernier à Abidjan : « L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique ». C’est une relation de confiance entre nous. Maroc Export n’emmènera plus les entreprises pour remplir seulement leurs carnets de commandes et revenir ensuite, mais pour « s’internationaliser » ; c’est un concept que nous avons choisi de défendre à Maroc Export. S’internationaliser, pour une PME marocaine, c’est s’établir dans le pays, contribuer au processus de développement de ce pays, connaître la même réalité que les entreprises locales et avoir un contact direct avec le marché.

On termine avec le Maghreb. J’ai l’impression qu’il est plus facile pour des hommes d’affaires marocains, tunisiens et algériens de se rencontrer dans un grand hôtel à Paris que chez eux, pourquoi ça n’avance pas ?

Malheureusement, c’est le politique qui prend encore le pas sur l’économique. Je crois que les forces économiques peuvent faire bouger les choses. La région doit être forte en face de toutes les régions qui se sont constituées autour du Maroc et des autres pays du Maghreb. Alors que tous les autres marchent ensemble en Afrique, nous, nous nous isolons. Regardez les pays africains, il y a l’UEMOA, la CEDEAO, le CEMAC, et au Nord, rien… c’est chacun pour soi. Nous aurons besoin de trouver une synergie ensemble, nos partenaires économiques de l’autre coté de la Méditerranée attendent cela depuis longtemps.

 

Propos recueillis par Franck Mathiau

 

 

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