Flexibilité du régime de change : la mise au point de Bank Al-Maghrib

Le 20 juin 2017, à Rabat, s’est tenue la réunion trimestrielle du Conseil de Bank Al-Maghrib. À l’issue de la réunion, Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, a animé une conférence de presse en vue de présenter le contexte économique actuel ainsi que les prévisions établies par la Banque Centrale. La conférence a également été l’occasion de faire une mise au point sur la flexibilisation du régime de change dont le lancement est prévu pour la fin du premier semestre 2017.

Après avoir analysé la conjoncture économique et les prévisions macroéconomiques établies par ses soins pour les 8 prochains trimestres, Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé de maintenir son taux directeur à 2,25 %. En 2017, BAM table sur une croissance de 4,4 % (contre 1,6 % en 2016). Cette amélioration s’explique notamment par la bonne campagne agricole qui s’est soldée par une hausse de 13,4 % de la valeur ajoutée agricole. Le PIB non agricole progresse, quant à lui, plus timidement, passant de 3,1 % à 3,3 %. En 2018, la croissance globale devrait redescendre à 3,1 %.

Après avoir connu une hausse au premier trimestre 2017, l’inflation est redescendue à 0,3 % en avril. Elle devrait s’établir en moyenne à 0,9 % sur l’année 2017 avant de remonter à 1,9 % en 2018, sous l’effet de l’amélioration de la demande intérieure et de la hausse de l’inflation chez les principaux pays partenaires du Royaume.

Pour ce qui concerne l’emploi, le taux de chômage au niveau national a augmenté de 0,3 point pour atteindre un taux de 10,7 %. En milieu urbain, le taux de chômage a enregistré une hausse de 0,7 point et s’élève ainsi à 15,7 %.

Détérioration de la balance commerciale et amélioration du déficit public

En raison de la hausse de la facture énergétique et de l’accélération des acquisitions de biens d’équipement, le déficit commercial des biens s’est creusé de 9,1 milliards de dirhams, en glissement annuel, sur les cinq premiers mois de l’année. Les IDE ont, pour leur part, progressé de 4,2 %, tandis que les recettes de voyages et les transferts des MRE se sont quasiment stabilisés. À fin 2017, la prévision des réserves de change a été revue à la baisse en vue d’assurer la couverture de 6 mois d’importations de biens et services. Un niveau qui devrait se maintenir à fin 2018.

En matière de finances publiques, le déficit budgétaire s’est allégé de 9,9 milliards à fin avril par rapport à la même période de 2016, notamment grâce à l’amélioration des recettes fiscales. Selon les prévisions de BAM, le déficit budgétaire devrait redescendre à 3,6 % et 3,4 % du PIB, respectivement à fin 2017 et 2018.

Pas de dévaluation du dirham

En réponse aux nombreuses questions et inquiétudes soulevées par le lancement prochain du nouveau régime de change flexible, Abdellatif Jouahri a tenu à faire quelques mises au point. « Il ne faut pas mélanger le taux de change et régime de change », a-t-il souligné avant de rappeler les principaux objectifs de cette réforme : « Nous avons fait un choix de globalisation et de mondialisation (…). Le Maroc est en train de développer toute une stratégie extérieure dirigée notamment vers l’Afrique. Depuis 7 ans, nous avons mis en place une politique pour accompagner cette stratégie et en vue d’ériger la place financière de Casablanca en place financière régionale ».

Concernant les risques de dévaluation du dirham, le Wali se veut rassurant : contrairement à certains pays, où le passage au régime de change flexible s’est effectué de manière brutale, dans un contexte de crise et au prix d’une importante dévaluation monétaire, le Maroc a préparé sa transition depuis 2012. « Nous avons décidé de passer au régime de change flexible une fois remplis les prérequis que nous avons au préalable définis dans la transparence la plus totale. », a rappelé Abdellatif Jouahri. Ces prérequis ont notamment concerné le déficit budgétaire, l’endettement public, les réserves de change, la maîtrise de l’inflation ainsi que la résilience du système bancaire.

« Nous allons procéder étape par étape, de manière progressive. Il n’y aura pas de dévaluation du dirham. Provoquer une dévaluation serait même contreproductif », insiste le Wali qui, par ailleurs, s’insurge contre la multiplication des opérations de couverture de change non justifiées qui ont eu pour effet de spéculer contre le dirham.

L’annonce officielle du lancement de la flexibilité du régime de change est prévue pour fin juin. La Banque centrale a retardé cette annonce de six mois pour mieux préparer les opérateurs économiques. De nombreuses tournées et réunions ont en effet été organisées avec les banques, les exportateurs et les importateurs, les bureaux de change, etc. Afin de surveiller l’impact de cette réforme sur les PME, le Wali de Bank Al-Maghrib a commandé un reporting.

Il a, en outre, insisté sur les avantages du nouveau régime de change flexible : « C’est une réforme qui vient en appui des autres réformes. Elle générera un effet de levier pour la productivité et la compétitivité du Maroc. En comparaison du régime actuel, le régime de change flexible permet de faire face plus efficacement aux chocs exogènes. »

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