Face à la crise, les associations se mobilisent pour soutenir les plus vulnérables

Crédit photo : association Jood

La crise économique et sanitaire du Covid-19 frappe de plein fouet de nombreuses catégories de la population. Jood, Caritas Maroc et la Fédération des Ligues des Droits des Femmes racontent à Conjoncture comment leurs programmes d’aide ont été bouleversés.

« Ça nous est tombé sur la tête d’un coup », indique Hind Laidi, Présidente de Jood. Son association, qui soutient les SDF dans cinq villes du pays, a dû profondément modifier ses actions de solidarité quand les premières mesures pour faire face à l’épidémie de Covid-19 ont été mises en place par les autorités.

Alors que l’économie ralentissait fortement, ses membres ont immédiatement constaté les effets de la crise sur les bénéficiaires. « Nous avons dû cesser nos activités et le problème est que, quand nous ne leur distribuons pas de repas, les SDF se nourrissent en fouillant les poubelles des cafés et restaurants, qui ont fermé. Nous avons reçu des appels à l’aide de leur part : ils ne trouvaient plus de quoi boire ou se nourrir », explique Hind Laidi.

Dans certaines villes, selon la Présidente de l’association, les autorités ont décidé d’installer des centres de confinement provisoires pour abriter les SDF. L’association a alors accompagné cette mesure et fourni aux centres un ravitaillement alimentaire quotidien, des cabines de douche, des produits d’hygiène, des vêtements…

Si les SDF font partie des personnes les plus fragiles, la crise a touché de nombreuses catégories de la population. « Énormément de familles se retrouvent sans ressources. Grâce à Dieu, notre association a la réputation d’être sérieuse. Nous avons demandé le soutien de Cash Plus, qui nous a permis de distribuer une aide de 1 000 dirhams à 550 familles. Nous allons bientôt en aider 400 de plus », explique Hind Laidi.

L’association a aussi commencé, pour la première fois, à opérer en milieu rural et a livré des produits dans des villages de la région de Marrakech. En parallèle, elle assure l’approvisionnement d’hôpitaux en produits d’hygiène, masques, couvertures, vêtements… « La mission de notre association s’est modifiée : du soutien aux SDF, nous sommes passés à une mission d’aide humanitaire », résume Hind Laidi.

Malgré la création de quelques centres de confinement provisoires, certains SDF sont toujours dans les rues des villes où ces centres n’ont pas été mis en place. D’autres préfèrent ne pas rester dans ces centres pour des raisons personnelles.

« Je suis obligée d’envoyer aux autorités des vidéos et des photos pour leur montrer que certains ne sont pas relogés », déplore Loubna Chawad, Directrice de l’antenne de Rabat de Jood. L’action de cette dernière est désormais concentrée sur l’aide aux hôpitaux, « mais nous voudrions pouvoir aider les personnes qui sont encore dans la rue », ajoute-t-elle.

Migrants : une situation encore plus précaire

Une autre population fragile subit de plein fouet la crise liée à l’épidémie. Les migrants, qu’ils soient installés dans le Royaume ou qu’ils soient de passage, ont souvent vu leur situation se dégrader ces dernières semaines, en particulier les ressortissants de pays d’Afrique subsaharienne. Caritas au Maroc, qui concentre ses actions vers les migrants, a dû fermer ses centres d’accueil.

« Néanmoins, nous maintenons le contact à distance via notamment les représentants des communautés de migrants », indique Hannes Stegemann, directeur de Caritas au Maroc. L’organisation continue ainsi de leur offrir une assistance, avec toutes les précautions qui s’imposent dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire.

« Beaucoup logent à 20 ou 25 dans de petites chambres, il est très compliqué de rester à l’intérieur toute la journée », constate Hannes Stegemann, qui ajoute que « certains travaillaient dans le secteur informel et ont perdu toute source de revenus ».

Caritas au Maroc a mis en place une distribution de bons alimentaires utilisables pour les achats en grandes surfaces. L’assistance pour payer les loyers a aussi été augmentée pour pallier la perte de revenus. Du point de vue de la santé et de l’aide psychologique, l’accompagnement qui existe en temps normal a été maintenu via une assistance téléphonique. « Nous bénéficions d’une autorisation spéciale qui permet à nos médiateurs d’accompagner les malades à l’hôpital », explique Hannes Stegemann. Du 6 au 10 avril, Caritas Maroc a par exemple distribué 49 aides au loyer, 62 bons alimentaires, 275 repas ou encore assuré 22 prises en charge de soins.

Les violences conjugales en hausse

Le confinement, s’il est une mesure primordiale pour lutter contre la propagation du Covid-19, peut aussi être synonyme de calvaire pour les femmes. Plusieurs associations se sont mobilisées au Maroc pour venir en aide aux femmes victimes de violence dans leurs foyers. La Fédération des Ligues des Droits des Femmes (FLDF) a notamment mis en place une plateforme téléphonique. « C’est une plateforme multiservices qui offre des conseils juridiques, une écoute psychologique, une sensibilisation au niveau de la santé, des éclairages sur la violence économique… », souligne Fouzia Assouli, Présidente d’honneur de l’association.

Une vingtaine de personnes sont désormais au bout du fil et le service est ouvert dans presque toutes les régions du Maroc, selon la FLDF. Ses membres ont communiqué via les réseaux sociaux pour toucher le maximum de personnes et diffuser massivement auprès du public les numéros de téléphone.

En parallèle, l’association a sensibilisé les autorités aux risques encourus par les femmes. « Cela a été difficile au début, mais ils se sont ensuite vraiment mobilisés et ont coordonné leur action avec toutes les parties prenantes », précise Fouzia Assouli.

Selon elle, s’il est encore compliqué d’avoir des statistiques, l’association a déjà dressé un premier état des lieux : « nous faisons le constat que des femmes vivent des situations de grande difficulté avec des maris violents, parfois addicts à la drogue. Certaines sont aussi dans une forte précarité. Nous vivons une situation totalement inédite, et il a fallu s’y adapter et trouver des solutions nouvelles très rapidement. »

 

Rémy Pigaglio

 

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