Economie et risques pays : les analyses et prévisions d’Euler Hermes

Organisé par Euler Hermes, en partenariat avec la Société Générale et Allianz Maroc, l’Observatoire International du Commerce a réuni 500 personnes lors de sa 5e édition qui s’est tenue le 28 novembre 2017 au Sofitel Tour Blanche Casablanca. Ce rendez-vous annuel est l’occasion de livrer des analyses et prévisions concernant les risques mondiaux et notamment pour l’Afrique et le Maroc.

La première partie de la rencontre a été animée par Stéphane Colliac, Économiste Sénior au sein d’Euler Hermes et Olivier de Boysson, Chef Économiste Pays Émergents au sein de la Société Générale.

Ensuite ce fut au tour de Moncef Belkhayat, Vice-Président de la région Casablanca-Settat, Abdou Diop, Président de la commission Afrique Sud-Sud de la CGEM, Said Ibrahimi, CEO de Casablanca Finance City Authority, Mohamed H’Midouche, Président Inter Africa capital group (IACG) et Zahra Maafiri, Directrice Générale de Maroc-Export, d’animer une table ronde sur le thème « L’intégration du Maroc à la CEDEAO, un pari gagnant ? »

Une accélération de la croissance mondiale

Les prévisions de croissance pour 2017 ont été revues à la hausse pour atteindre 3,1 %. Un chiffre qui devrait se maintenir en 2018. Ce regain de dynamisme est porté par les États-Unis, la Zone Euro, la Chine et le Japon et marque, en outre, la sortie de récession du Brésil, de l’Afrique du Sud et de la Russie. Le commerce mondial suit cette tendance, bénéficiant simultanément d’un effet volume (+4,3 %) et d’un effet prix (+7,5 %). Ces derniers devraient plafonner respectivement à 3,9 % et 6,3 % en 2018. Stéphane Colliac émet toutefois une mise en garde concernant le risque financier pouvant résulter d’une trop forte anticipation de la croissance, ainsi que le risque géopolitique. « C’est à peu près la moitié du PIB mondial qui est concerné par l’aggravation de ce risque. Même si la probabilité de ce risque est faible, son impact pourrait être très important », précise l’économiste. Olivier de Boysson constate, pour sa part, le retour des flux de capitaux vers les marchés émergents.

La Zone Euro renoue enfin avec une croissance franche, estimée à + 2,3 % pour 2017 et +2,1 % pour 2018. On remarque ainsi une accélération de l’investissement privé portée par la confiance des ménages et des entreprises. À l’instar des autres économies avancées, l’Europe doit aujourd’hui renouveler son appareil de production et investir pour augmenter la qualité. Est-ce que cette embellie sera durable pour la Zone Euro ? C’est ce que pense Stéphane Colliac, qui nuance néanmoins cette prévision, en raison du nombre élevé de défaillances d’entreprises. Le Maroc devrait largement bénéficier de l’accélération de la demande européenne.

Pour ce qui concerne l’Afrique, l’évolution est plus inégale. On note un rebond en Afrique du Nord, notamment au Maroc et en Égypte. Cette dernière a bénéficié des effets des réformes et du plan du FMI et devrait enregistrer 4 % de croissance en 2017. Certains pays, tels que le Nigéria et l’Afrique du Sud, renouent doucement avec la croissance. Selon Olivier de Boysson, le risque interne en Afrique est moins important, mais le niveau d’endettement reste important et devrait encore s’aggraver, notamment en raison des besoins générés par la baisse des cours du pétrole et des matières premières.

Le Maroc, encore et toujours dépendant de la pluviométrie

La hausse de croissance de l’économie marocaine s’explique principalement la hausse de la production agricole (+15 % en 2017), du fait de la pluviométrie favorable. Les activités non agricoles participent faiblement à cette progression. « La consommation des ménages reste le principal support de croissance. », précise Stéphane Colliac. L’inflation reste basse, ce qui permet de maintenir le pouvoir d’achat et de soutenir la croissance. La croissance nationale devrait atteindre 3,8 % à l’issue de 2017 (contre 4,5 % annoncés par les prévisions) puis ralentir à 3 % en 2018.

Malgré les réformes engagées, le Maroc peine à agir sur sa croissance. Les investissements réalisés ne seraient pas suffisamment efficaces : « 10 points d’investissement ne génèrent qu’un point de croissance », souligne Stéphane Colliac. Les IDE se concentrent encore sur les investissements non productifs tels que l’immobilier, qui ne génèrent pas d’activité et d’emplois sur le long terme.

Par ailleurs, le report de la réforme de la flexibilisation du taux de change, visant notamment à attirer davantage d’investissements productifs, aggrave cette situation. « La spéculation sur le dirham a coûté un mois de réserves de change, soit 2 milliards de dollars », indique Stéphane Colliac. « Un taux de change fixe donne l’illusion qu’il n’y a pas de risque de change alors que ce risque existe bel et bien. », poursuit-il.

Autre problématique rencontrée par le Royaume, le déficit extérieur qui provient principalement de la dette publique. « Même si cette dette est stabilisée, il faut toutefois restaurer l’équilibre du budget de l’État », explique l’économiste.

Pour ce qui concerne la santé des entreprises marocaines, certains indicateurs ne sont pas très favorables. Le nombre de défaillances d’entreprise est en hausse de 12 % en 2017. Les secteurs de l’immobilier et du BTP sont parmi les plus touchés. Selon Stéphane Colliac, une entreprise sur cinq entreprises créées disparaît. La durée des délais de paiement est également préoccupante, notamment dans les secteurs les plus capitalistiques (machine et équipements, technologie, etc.). Il s’élevait en moyenne à 86 jours en 2016.

Toutefois, le Maroc tire son épingle du jeu en matière d’exportations : grâce au rebond de la croissance économique en Europe, la demande des consommateurs a augmenté. Euler Hermes estime que le Royaume devrait pouvoir capter 1,1 milliard d’euros de nouveaux débouchés en 2018 (soit une hausse de 6,3 %) vers ses partenaires traditionnels.

Euler Hermes
De gauche à droite : Tawfik Benzakour, Directeur Général d’Euler Hermes Acmar, et Stéphane Colliac, Économiste Sénior au sein d’Euler Hermes

 

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