Dossier emploi et handicap – première partie

Le restaurant Hadaf au service de l’employabilité des personnes en situation de handicap mental.

Dans ce restaurant original de Rabat, des jeunes en situation de handicap mental assurent la cuisine et la salle. Encadrés par les formateurs de l’association Hadaf, ils se forment et démontrent qu’ils peuvent intégrer le monde du travail, même si des obstacles demeurent.

En avril 2017, le restaurant Hadaf ouvrait à Rabat avec l’ambition d’être un tremplin pour l’emploi des personnes en situation de handicap mental. Trois fois par semaine, au déjeuner, l’établissement accueille les clients dans un cadre impeccable et offre une cuisine de qualité. Le service et la cuisine sont intégralement assurés par des jeunes en situation de handicap mental.

Le principe est de démontrer que les personnes en situation de handicap mental sont tout à fait capables d’intégrer le monde du travail, mais aussi de faciliter le recrutement des jeunes qui y sont formés. Quel bilan, après plus d’un an et demi d’activité ? « Il est absolument positif, même si nous ne sommes pas arrivés à placer en entreprise tous les jeunes qui travaillent dans le restaurant », assure Amina Msefer, Présidente de l’association Hadaf, qui gère le restaurant. 1 600 repas ont été servis par l’équipe (tournante) de huit jeunes âgés de 20 à 30 ans qui officient en salle ou en cuisine.

Un jeune a été recruté en restauration et plusieurs autres ont décroché des stages. Un hôtel vient d’ailleurs de décider d’accueillir en stage trois d’entre eux dont un  ayant participé à un autre atelier géré par l’association. Celle-ci est en effet active depuis plus de 20 ans au service de l’inclusion sociale et professionnelle des personnes en situation de handicap mental, notamment au travers de nombreux ateliers offrant une formation aux jeunes et une activité génératrice de revenus (couture, jardinage, menuiserie…). 98 personnes (à partir de 17 ans) bénéficient actuellement des animations de l’association.

Au-delà de ces objectifs de recrutement, le projet du restaurant Hadaf doit permettre de changer la perception des employeurs et de l’entourage sur les personnes en situation de handicap mental, mais aussi l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. « En travaillant au restaurant, les jeunes se montrent plus sociables, ils gagnent en confiance, en autonomie et apprennent à travailler en équipe », indique Amina Msefer.

Restaurant HADAF (1)L’impact est également positif sur les familles « qui sont parties prenantes du projet », précise la Présidente de l’association. Enfin, les mentalités changent, car les employeurs sont témoins du travail réalisé en conditions réelles par ces jeunes. « L’employeur a des craintes vis-à-vis du handicap mental. Il pense que le jeune aura une fragilité émotionnelle, une incompétence sociale, qu’il lui sera impossible de travailler en équipe, qu’il sera absent, qu’il aura un faible rendement… Bref, il a peur de la différence », explique Amina Msefer.

En venant déjeuner au restaurant Hadaf, les employeurs potentiels peuvent constater le professionnalisme des jeunes en formation. Certains clients, après cette expérience, ont proposé des stages à des jeunes, selon Amina Msefer. La force de ces jeunes est d’avoir bénéficié de cette expérience au restaurant en étant encadrés par l’association. Formés, ils seront ainsi habitués à travailler en « conditions réelles ». Les jeunes sont d’ailleurs rémunérés via les pourboires et sont payés quand ils réalisent des « extras » avec le service traiteur. Au cours des stages et lors d’un éventuel recrutement, l’association assure un suivi avec l’employeur.

Malgré les efforts de l’association, les recrutements peinent néanmoins à se concrétiser face aux nombreux obstacles qui entravent l’employabilité des personnes en situation de handicap. « Un des obstacles majeurs est le statut juridique des personnes en situation de handicap mental, car elles sont sous tutelle. Le contrat de travail sera donc signé avec un tuteur et les employeurs ont une appréhension. Ils se demandent notamment s’ils ne sont pas en train d’exploiter la personne », explique Amina Msefer. Les procédures administratives, aussi, ne prévoient pas assez ces situations. Selon Amina Msefer, cela pose des problèmes d’assurance, de CNSS… Autre obstacle, l’accessibilité des personnes en situation de handicap mental est très rarement assurée en entreprise.

Le travail de l’association Hadaf avec le restaurant permet alors de donner de la visibilité à ces problématiques. « J’espère que, bientôt, nous parviendrons à intégrer plus de jeunes, indique Amina Msefer. Il faut que les mentalités changent et que les personnes en situation de handicap mental bénéficient de tous leurs droits, qu’elles soient des citoyens à part entière. »

 

Rémy Pigaglio

 

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