Dominique Serra, invitée de Conjoncture

« Le Rallye Aïcha des Gazelles n’est pas simplement un rallye c’est un créateur de lien social »

Entretien avec Dominique Serra, Fondatrice du Rallye Aïcha des Gazelles

Cette année, le Rallye Aïcha des Gazelles célèbre ses 30 ans. Comment vous est venue l’idée de cette compétition ?

Nous devions célébrer cet anniversaire en mars 2020 et, malheureusement, nous avons dû le reporter à plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire. L’idée de ce rallye m’est venue il y a 30 ans, alors que je travaillais pour un organisme patronal qui souhaitait lancer un événement autour de la valorisation des femmes dans l’entreprise. J’ai donc pensé qu’il était intéressant de challenger les femmes dans un domaine où elles n’étaient pas du tout reconnues, c’est-à-dire le monde automobile.

Comment a évolué le Rallye au fil des ans ?

Lors de la première édition, en 1990, nous sommes parties avec 9 équipages et aujourd’hui,  nous en sommes à 218 équipages composés de 17 nationalités différentes.
Depuis toutes ces années, nous avons progressivement mis en placebeaucoup de choses pour améliorer cet événement en ayant toujours l’ambition d’être différents, mais vertueux. Nous avons par exemple été novateurs sur plusieurs sujets, notamment sur le concept. Il s’agit en effet d’un concept unique de compétition où le classement ne se base pas sur la vitesse, mais sur la navigation. L’objectif est de parcourir le moins de kilomètres possible à l’aide d’une simple carte et d’une boussole. Cela a été la première compétition de ce type. Autre initiative, en 2001, nous avions mis en place en marge du rallye une caravane médicale qui a permis de soigner plus de 8 000 personnes en 7 jours.

Par ailleurs, nous sommes aujourd’hui le seul rallye à être certifié ISO 14001 grâce à une démarche environnementale très engagée. Il est important de respecter le pays que l’on traverse en laissant le moins d’impact possible sur le terrain. Nos déchets sont triés et incinérés et les bouteilles d’eau sont recyclées pour en faire des matériaux de construction, des tabourets, des tables…

Le bilan carbone du bivouac sera bientôt neutre grâce à l’hydrogène qui va nous fournir l’électricité et nous éviter ainsi de recourir à un groupe électrogène. Nous avons également été le premier événement à mettre en place une vraie catégorie électrique. Cette année, 17 véhicules électriques seront au départ.

Je dois aussi souligner que le Rallye Aïcha des Gazelles bénéficie d’une réelle reconnaissance au Maroc. Nous sommes le seul événement qui, depuis 2009, a le droit de porter les armoiries du Royaume grâce au Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Enfin, nous avons mis en place un comité d’éthique qui réunit plusieurs de nos partenaires ainsi que des personnalités de premier plan. Christine Lagarde, qui en était la, donnera bientôt le relais à Nadia Fettah Alaoui, Ministre du Tourisme. En résumé, c’est un travail colossal qui a été accompli en l’espace de 30 ans. Nous ne nous sommes pas contentés de rassembler simplement des femmes à l’occasion d’une course. Nous avons conçu et construit cette manifestation de manière à ce qu’elle s’intègre parfaitement au Maroc, à travers tout ce que ce qui a été mis en place au niveau médical, social, ou environnemental, et nous en sommes très fiers. Car le Rallye Aïcha des Gazelles n’est pas du tout un événement creux et superficiel ! Il incarne des valeurs de solidarité, de respect, de confiance…

Avez-vous des anecdotes à partager ?

Il y en a beaucoup ! Mais certaines ont été particulièrement marquantes. En novembre 2001, je devais organiser une grande soirée à Paris afin de promouvoir l’événement et trouver des partenaires et surtout clore des partenariats pour lesquels j’avais d’ores et déjà obtenu un accord. Après les attentats du 11 septembre, j’ai malheureusement perdu ces sponsors, mais j’ai quand même décidé de maintenir cet événement. Au cours de la soirée, une femme que je ne connaissais pas m’aborde et me confie qu’elle aimerait beaucoup participer au rallye. Peu de temps après, elle me contacte pour effectuer l’inscription et me demande par la même occasion où nous en étions dans notre recherche de sponsors. À cette époque, il était difficile de trouver des sponsors et d’atteindre l’équilibre financier. Le déficit était tel que j’allais bientôt devoir me résoudre à abandonner. Cette femme, c’était Mouna Ayoub, célèbre femme d’affaires libanaise. Grâce à elle, nous avons pu combler le déficit et redémarrer pour les années suivantes. Pendant ces 30 ans, j’ai rencontré des gens extraordinaires qui m’ont beaucoup  soutenue. Cet événement n’est pas simplement un rallye, c’est un créateur de lien social, de liens solides et profonds. Aujourd’hui, la communauté des Gazelles rassemble à peu près 40 000 femmes à travers le monde, qui sont très liées les unes aux autres. Quand on est gazelle un jour on est gazelle toujours ! N’importe quelle participante reste très fière de son aventure et la raconte toujours avec autant d’émotion.

Quels seront les temps forts de la prochaine édition ?

Le point d’orgue sera notamment la célébration de l’arrivée à Essaouira avec beaucoup d’autres surprises. Nous allons réunir des personnalités, mais aussi des femmes très engagées de toutes nationalités et issues de tous horizons afin de créer du lien. Cette année, la Directrice de l’UNESCO, Audrey Azoulay, sera également à nos côtés pour l’arrivée à Essaouira.

Autre surprise, un pépiniériste, qui a créé la rose Rallye Aicha des Gazelles, viendra la présenter pour la première fois. Il s’agit d’une rose magnifique aux couleurs du désert qui aura pour marraineChristine Lagarde, et comme parrain Aziz Akhannouch, Ministre de l’Agriculture.

« Nous sommes aujourd’hui le seul rallye à être certifié ISO 14001 grâce à une démarche environnementale très engagée. »

Quel sera le parcours cette année ?

Le parcours change chaque année, mais tout en restant localisé dans une même zone. Mais, lors de la prochaine édition et pour la première fois, Sa Majesté nous a permis d’aller dans des régions où nous n’avions jamais été. Je tiens à saluer nos partenaires marocains qui sont toujours restés à nos côtés, en toutes circonstances : l’Office National du Tourisme Marocain, les Eaux Minérales d’Oulmès, les Celliers de Meknès, Royal Air Maroc, Afriquia…

De quelle manière l’événement a-t-il contribué à la promotion du Maroc à l’international ?
Je pense que le rallye a beaucoup contribué à l’attraction touristique du Maroc. Le fait qu’une femme puisse venir au Maroc, dormir dans une tente en plein désert sans aucun risque par les temps qui courent était un axe majeur.

Il a également permis de véhiculer le message suivant, à savoir que le Maroc accueille à bras ouvert les gazelles avec la tolérance, l’amitié et aussi l’admiration de tous. Ce message de tolérance, de modernité et de tradition a été transmis dans tous les pays du monde où nous sommes passés, où les images du rallye ont été diffusées. D’ailleurs, beaucoup d’anciennes gazelles reviennent en vacances avec leurs familles pour leur montrer là où elles ont vécu leurs aventures.

Nous avons essayé de faire du Rallye Aïcha des Gazelles un événement sincère et non pas une compétition automobile qui ne fait que passer sans rien apporter.

Rallye Gazelles

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