Dirigeants, remplacer la puissance par la présence ?

Par Bruno Igounenc, Coach (certifié HEC), Fondateur et Président du cabinet EXPERIS

igounencCe n’est quand même pas mal de donner des ordres, se faire respecter d’un regard, raisonner à la vitesse de l’éclair, être plutôt résistant au stress et « emmener ses troupes au combat » pour gagner des parts de marché à grand renfort de communication volontariste. Mais êtes-vous sûr que cela suffise à motiver durablement vos collaborateurs et, in fine, à garantir l’efficacité de votre action ?

Tout d’abord, abordons l’état d’esprit du dirigeant et ce qu’il induit. Créer ou gérer une entreprise nécessite généralement de sacrées qualités de combattant ! Mais comment passer de la compétition à la collaboration, gage de plus grande efficacité au travail, alors que l’on a soi-même l’esprit de compétition ?  Il est pourtant essentiel d’insuffler en entreprise un maximum de réflexes collaboratifs, plutôt que de laisser se développer une trop forte compétition, dégénérant souvent en défense de pré carré et jeux de coqs, et de récupérer au final, un ratio énergie dépensée/efficacité très moyen.

Passer de chef de guerre à chef d’orchestre
Pourquoi ne pas mettre en place, par exemple, des indicateurs originaux et qualitatifs visant à mesurer le niveau d’agressivité ou de collaboration, ou même de créativité ? On pourra aussi déployer des outils spécifiques permettant de travailler à la cohésion des équipes, basés très souvent sur la connaissance et la reconnaissance des différences, ou encore tester certaines postures à travers l’entrainement aux rôles délégués. Mais, pour aller plus loin, si l’on estime que la vraie valeur de l’entreprise, son potentiel, repose sur la somme des talents motivés, alors il est temps de changer soi-même de registre et de passer de chef de guerre à chef d’orchestre !

Une trop forte compétition entre collaborateurs peut nuire à l’efficacité de toute l’équipe.

Mais comment faire pour donner aux collaborateurs l’envie de nous suivre ? Bien sûr, ceux-ci sont très différents les uns des autres, selon les générations, les formations, ou encore les aspirations. La quête de sens, certes partagée par tous, est bien plus présente chez les jeunes (générations Y et Z). Pour eux, le respect de la hiérarchie, de l’autorité et la fidélité à l’entreprise sont, à l’inverse, des valeurs bien moins essentielles.

Réévaluer son attitude de dirigeant ou de manager
Comment inspirer un peu plus ses collaborateurs, et leur donner envie de gravir les montagnes ensemble ? En fait, la recette est simple. Il suffit d’en faire à la fois moins (sur la puissance) et plus (sur la qualité de présence). Cette démarche peut être compliquée, car elle nécessite un travail sur soi. Mais de quoi parle-t-on au juste ?

Voici quelques pistes de réflexion, sans être exhaustif :
– Chercher à mieux se connaitre, surveiller son égo, travailler l’humilité et ses capacités emphatiques;
– Travailler son alignement personnel (physique, mental, émotionnel et spirituel);
– Savoir faire preuve de courage;
– Être sensible à son environnement (personnes et éléments du monde qui nous entourent). Cela peut paraître banal ou, au contraire, inaccessible, mais ce travail sur soi, à réaliser seul ou avec un accompagnement, est essentiel pour se faire apprécier de ses équipes, mieux les motiver et, cerise sur le gâteau, s’épargner quelques ennuis de santé.

Si ceci vous paraît trop difficile, essayez déjà de donner un peu de présence « désintéressée » à vos collaborateurs. Il s’agit ici d’aller à leur rencontre et de s’enquérir simplement de leur état. Chacun le fera à sa manière, mais faites-le de manière sincère… ou ne le faites pas ! Rappelez-vous, dans votre histoire personnelle, comment une simple attention marquée, d’un supérieur, enseignant, mentor ou personne admirée, a pu booster votre confiance en vous et vous donner des ailes. Alors, améliorez votre qualité de présence, plutôt que votre puissance !

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