Lancement des campagnes de vaccination dans le monde

Le Royaume-Uni est le premier pays à avoir lancé une campagne de vaccination à grande échelle, alors que l’épidémie continue de toucher de nombreux pays, en particulier en Europe, en Amérique et en Inde. Au Maroc, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a décidé que le vaccin sera gratuit pour tous les Marocains.

Apparue il y a près d’un an, l’épidémie de SARS-CoV-2 a provoqué en tout plus de 1,5 million de décès officiellement enregistrés jusqu’à début décembre dernier, alors que le monde entier fait désormais reposer ses espoirs sur les campagnes de vaccination. Le Royaume-Uni a été le premier pays à lancer une telle campagne le 8 décembre dernier. Margaret Keenan, une Britannique de 90 ans, a reçu une première dose (sur les deux qui sont nécessaires) du vaccin de Pfizer et BioNTech. Le Royaume-Uni est le pays européen le plus endeuillé par l’épidémie du nouveau coronavirus, avec plus de 61 000 décès.

Aux États-Unis, qui comptent le plus de décès dus au SARS-Cov-2 au niveau mondial, le Président Donald Trump a signé mardi 8 décembre un décret qui donnera, selon lui, la priorité aux livraisons de doses de vaccins à son pays au détriment de l’exportation, relate l’AFP. Deux demandes d’autorisation de vaccins ont été déposées aux États-Unis par des laboratoires : il s’agit du vaccin de l’américain Moderna et de celui de l’américain Pfizer avec son partenaire allemand BioNTech. Les autorisations pourraient être délivrées dans les prochains jours, permettant ainsi de démarrer rapidement la campagne de vaccination. Alors qu’une transition difficile s’est amorcée entre Donald Trump et Joe Biden, élu président en novembre, l’épidémie est plus active que jamais dans la première puissance mondiale.

6 contrats de vaccins signés par l’UE

L’Union européenne, qui a mutualisé les commandes de vaccins, a conclu en tout six contrats avec des laboratoires pharmaceutiques, alors que la deuxième vague de l’épidémie a gagné en intensité dans de nombreux pays du continent. Le dernier contrat, annoncé fin novembre, a été signé avec Moderna pour 160 millions de doses. Ces commandes permettent aux pays européens d’envisager de vastes campagnes de vaccination au début de l’année 2021.

Début décembre, le Premier ministre français Jean Castex a justement présenté la stratégie de vaccination de la France. Les vaccins seront gratuits et concerneront dès janvier les résidents des maisons de retraite (1 million de personnes), puis en février les personnes fragiles (14 millions de personnes), et au printemps l’ensemble de la population.

De son côté, la Russie a commencé à distribuer un vaccin national, Spoutnik V, élaboré par Gamaleïa, mais la date du début de l’administration du vaccin n’est pas encore claire. Quatrième pays le plus touché par l’épidémie après les États-Unis, l’Inde et le Brésil, elle totalise officiellement plus de 2,4 millions de cas.

Inquiétudes pour la vaccination dans les pays pauvres

Si les pays riches ont, pour la plupart, sécurisé leur accès aux vaccins, ceux-ci restent encore hors de portée pour de nombreux pays pauvres. Le 9 décembre, Oxfam déplorait que 9 personnes sur 10 vivant dans les pays pauvres n’aient pas accès à un vaccin en 2021. Si tous les vaccins qui font actuellement l’objet d’essais cliniques sont approuvés, « les pays riches ont acheté assez de doses pour vacciner l’ensemble de leur population près de trois fois avant la fin 2021 », alerte l’ONG britannique dans un communiqué.

L’arrivée des vaccins devrait permettre d’envisager la fin de l’épidémie, mais pas avant au moins plusieurs mois. Les campagnes de vaccination, qui visent à terme à obtenir une immunité collective, devraient en effet s’étendre sur toute l’année 2021. Cette note d’espoir fait dire à l’OCDE, qui a publié ses prévisions économiques début décembre, que « l’horizon s’est éclairci, mais des difficultés demeurent ». L’organisation prévoit désormais une récession mondiale de 4,2 % cette année, suivie d’un rebond de 4,2 % en 2021 et 3,7 % en 2022. La Chine, berceau de la pandémie mais qui a réussi à limiter la propagation du virus au printemps, devrait représenter un tiers de la croissance mondiale l’année prochaine.

Au Maroc, après l’annonce par le Cabinet royal début novembre d’une campagne de vaccination lancée « dans les prochaines semaines », un nouveau communiqué diffusé le 8 décembre dernier indique que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a donné

ses instructions au Gouvernement « pour l’adoption de la gratuité du vaccin contre l’épidémie de Covid-19 au profit de tous les Marocains ». Le Maroc a conclu deux contrats avec le Russe R-Pharm, qui va produire le vaccin d’AstraZeneca et de son partenaire l’Université d’Oxford sous licence, et avec le Chinois Sinopharm, pour lequel des Marocains ont participé aux essais cliniques.

« Signaux positifs » pour l’économie

Le nombre de cas quotidiens et de décès dus au nouveau coronavirus a atteint des records dans le Royaume au mois de novembre. Un pic de 92 décès était notamment enregistré le 20 novembre. Une décrue s’est toutefois amorcée ensuite selon les chiffres officiels, alors que de nombreuses restrictions sont en place pour freiner la propagation du virus. Le 8 décembre, 2 900 nouveaux cas ont été détectés et 50 nouveaux décès enregistrés. En tout, 6 370 personnes sont mortes à cause de la Covid-19 dans le Royaume.

Sur le plan économique, la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du Ministère de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’Administration continue de voir, dans sa note de conjoncture de novembre, des « signaux positifs dans plusieurs secteurs à l’exception de certaines branches d’activité comme le tourisme ».

Cette reprise concerne notamment l’automobile, l’électronique et le textile et cuir. La DEPF constate que la demande intérieure reste atone, avec une consommation des ménages pénalisée par la sécheresse et la perte de 581 000 emplois au troisième trimestre en raison de la crise. Du côté des exportations, la reprise se confirme, permise par le retour de la demande provenant des partenaires du Royaume.

Rémy Pigaglio

Bataille entre laboratoires sur l’efficacité des vaccins
C’est l’américain Pfizer avec son partenaire allemand BioNTech qui a dégainé le premier : le 9 novembre dernier, les deux laboratoires annonçaient que leur vaccin était efficace à 90 % contre le nouveau coronavirus. Les entreprises se sont basées sur les résultats de la phase 3 des essais cliniques du vaccin, qui utilise une technologie nouvelle dite à ARN messager. Le 18 novembre, elles précisaient que les résultats complets montraient finalement une efficacité de 95 %. Entretemps, le 16 novembre, l’américain Moderna avait annoncé une efficacité de 94,5 %. Le 23 novembre, c’était au tour du laboratoire britannico-suédois AstraZeneca et de son partenaire, l’Université d’Oxford, d’annoncer que l’efficacité de leur vaccin atteignait 70 % et pourrait aller jusqu’à 90 % selon la méthode employée. Le lendemain, la Russie annonçait que le vaccin Spoutnik V, développé par l’institut de recherches Gamaleïa, était efficace à 95 %, mais peu de détails ont été dévoilés sur la méthode pour calculer ce taux. Tous ces vaccins font partie de ceux dont l’élaboration est la plus avancée. L’Organisation mondiale de la santé recensait, début décembre, 52 vaccins en cours d’essais cliniques.

Le Maroc a commandé deux vaccins : celui d’AstraZeneca et de l’Université d’Oxford et celui du chinois Sinopharm. Ce dernier n’a pas encore communiqué sur l’efficacité de son produit. Selon l’AFP, les Émirats arabes unis, qui ont participé comme le Maroc à ses essais cliniques de phase 3, ont néanmoins indiqué le 8 décembre qu’il était efficace à 86 %.

Mais, jusque-là, seul un vaccin a vu ses résultats confortés par leur publication dans une revue scientifique prestigieuse. Le 8 décembre, la revue The Lancet a validé les résultats sur l’efficacité du produit d’AstraZeneca et de l’Université d’Oxford, confirmant une efficacité moyenne de 70%.

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