Côte d’Ivoire : un partenaire historique du Maroc

Entretien avec Jean-Francis Amavi, Responsable Développement des Entreprises de la CCI France Côte d’Ivoire

JF AmaviPouvez-vous nous présenter le marché ivoirien ?

La Côte d’Ivoire est la première puissance économique de l’Afrique de l’Ouest Francophone, sur les huit pays membres de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Elle exporte davantage qu’elle n’importe et reste le seul pays francophone de l’Afrique de l’Ouest dont la balance commerciale est excédentaire depuis de très nombreuses années. La Côte d’Ivoire occupe par ailleurs la première place en termes de revenu par habitant (1 400 euros), de PIB global (environ 35 milliards d’euros, soit plus de 40 % de toute la zone UEMOA), de nombre d’habitants (près de 26 millions) et de croissance démographique (la population a été multipliée par 9 entre 1950 et 2012). La population active est également la mieux répartie entre les secteurs d’activité (30 % dans l’agriculture, 23 % dans l’industrie et 47 % dans les services). Enfin, la Côte d’Ivoire figure parmi les pays dont les dépenses d’éducation dépassent 5 % du PIB.

Depuis la fin de la crise post-électorale (décembre 2010 -avril 2011) le pays a renoué progressivement avec la croissance, à la faveur d’importants chantiers mis en œuvre dans le cadre de la reconstruction post-crise et du Plan National de Développement 2012/2015 et 2016/2020.

Avec un taux de croissance régulièrement supérieur à 8 % depuis fin 2012, les performances économiques actuelles du pays s’appuient essentiellement sur les secteurs BTP/infrastructures, énergie & mines, transport, agro-industrie et services (notamment les TIC & services financiers). Un effet d’entraînement est, en outre, observé au niveau des activités de services (ingénierie et assistance technique) aux trois premiers secteurs précités.

L’année 2016 a connu une baisse générale de l’activité (-25 %), due essentiellement au ralentissement des investissements de l’État sur les grands chantiers de BTP. La tendance s’est accentuée depuis le début de cette année, avec la chute des cours du cacao sur le marché mondial.

L’industrie locale, qui représente 63 % du tissu industriel de la zone UEMOA, est relativement performante. L’agroalimentaire et les autres biens de consommation tels que les textiles connaissent, depuis peu, un regain de dynamisme, à l’instar des BTP, des mines et de la grande distribution.

Comment se portent les relations entre le Maroc et la Côte d’Ivoire ?

Les cinq dernières années ont été marquées par une intensification de la coopération bilatérale et des relations économiques entre le Maroc et la Côte d’Ivoire. Cela s’est traduit, entre autres, par des investissements importants engagés par de grands groupes marocains dans le BTP-construction (cimenterie et construction immobilière), mais également dans le secteur des services financiers (banque et assurance) ainsi que dans le domaine des TIC.

En 2015 le Maroc était classé au 1er rang des investisseurs étrangers en Côte d’Ivoire. Dans le cadre de la coopération entre les deux pays, trois accords dans le domaine des TIC ont été signés le 27 février 2017 à Abidjan. Le premier accord porte sur la création d’un technocentre à Abidjan dont l’objectif sera d’accroître la création et l’implantation d’entreprises innovantes dans le secteur des TIC en Côte d’Ivoire. Le second accord porte sur une joint-venture qui mettra en place un centre de traitement informatique. Le troisième accord porte sur la création d’une joint-venture entre les sociétés de logiciels et solutions informatiques Involys (Maroc) et Inova (Côte d’Ivoire). Ces trois accords TIC font partie des 14 accords bilatéraux ratifiés entre les deux pays.

Quels conseils pouvez-vous donner aux entreprises marocaines qui souhaitent s’y implanter ou y développer leurs activités ?

Le marché ivoirien présente de nombreuses opportunités, mais reste d’un abord difficile parce qu’il se base avant tout sur des réseaux. Sa pénétration nécessite du temps (1 an et demi à 2 ans, voire plus dans certains secteurs) avant d’amorcer un véritable développement. Il convient aussi de citer le savoir-faire local, sur lequel il est conseillé à tout investisseur étranger de s’appuyer. À l’instar des BTP, des mines et de la grande distribution, on peut citer l’industrie agroalimentaire, les biens de consommation (textiles, habillement, maroquinerie, etc.) sans oublier le secteur des TIC et des services financiers qui est particulièrement dynamique.

Le peuple ivoirien est accueillant et entièrement ouvert sur le monde moderne. Sa population active bien formée et ne demande qu’à être associée au processus de développement d’entreprises marocaines sur son sol, via des partenariats techniques et/ou financiers gagnants-gagnants, pour ne pas dire équitables. Une fois encore, bien pénétrer l’environnement ivoirien des affaires reste avant tout une question de réseau, à laquelle il convient d’ajouter le paramètre temps : celui de se faire connaître et accepter.

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