Claudia Wiedey, invitée de Conjoncture

Interview de Claudia Wiedey, Ambassadeur, Chef de la Délégation de l’Union européenne au Maroc

Conjoncture : Cela fait près de six mois que vous avez pris vos fonctions à la tête de la Délégation de l’Union européenne au Maroc. Quelles ont été vos premières impressions sur le Royaume ?

Claudia Wiedey : Je n’ai pas la longue perspective de certains de mes collègues et il me reste encore beaucoup d’endroits à visiter au Maroc, mais de ce que j’ai vu jusqu’à maintenant, je dois dire que l’élan de modernisation du Maroc m’impressionne, aussi bien sur le plan infrastructurel, qu’institutionnel et législatif. Depuis la mise en place de la nouvelle Constitution en 2011, le Maroc a identifié des pistes de développement assez claires. Le Maroc est un pays qui a mis en place des projets structurants et ambitieux depuis les années 2000, le Royaume avance et l’UE est et sera toujours prête à accompagner ce mouvement de progrès, de meilleure gouvernance, de consolidation et de raffermissement de la démocratie. La relation entre le Maroc et l’Union européenne est historique, stratégique, mais également complexe, puisqu’elle se décline en un grand nombre de domaines d’intervention.

Quel est votre regard sur la stratégie géoéconomique marocaine, ainsi que sur son positionnement en tant que hub africain ? Selon vous, verra-t-on bientôt, comme l’espèrent certains, la création d’un grand axe de collaboration vertical entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique ?

Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine est une étape importante que je salue. Le Maroc a retrouvé sa place sur le continent africain, ce qui lui permettra de renforcer ses relations avec l’ensemble des pays africains. L’Union européenne et le Maroc ont déjà commencé à construire cette coopération tripartite : par exemple, le Centre régional d’excellence pour gérer les risques CBRN (chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires) pour l’Afrique de l’Ouest, localisé à Rabat et financé par l’UE, vient de fêter son 5e anniversaire. Il y a quelques semaines, j’ai rencontré le nouveau Ministre Délégué auprès du Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération internationale, chargé de la Coopération Africaine, M. Mohcine Jazouli. Nous avons discuté des nouvelles opportunités de coopération tripartite que nous allons explorer prochainement. Cela nous permettra de mettre en valeur les liens forts qui existent entre l’UE et l’Afrique et l’engagement du Maroc au sein du continent.

Brexit, sécurité, crise économique, crise migratoire, etc., différentes problématiques touchent actuellement l’Union européenne. Comment peut-elle arriver à resserrer ses rangs autour de ces différents enjeux ?

L’UE fait face à certains défis, cela est vrai, mais le projet européen reste plus important que jamais. Les valeurs sur lesquelles l’UE a été fondée, comme la solidarité, la démocratie, l’égalité, l’État de droit, le respect des Droits de l’Homme, la liberté et la justice sociale, sont toujours aussi pertinentes qu’au jour de sa création. En outre, à travers ses histoires c’est par les crises que l’UE s’est développée, car elles constituent souvent des opportunités pour mettre en œuvre des réformes nécessaires et pour améliorer le travail des institutions de l’UE. L’UE resserre ses rangs autour des valeurs que partagent la plupart des Européennes et Européens. Tous les sondages actuels montrent que la vaste majorité, près de 90 % des Européens, soutient le projet conjoint de l’UE.

Comment évoluent les relations entre le Maroc et l’Union européenne ? Quels sont aujourd’hui les principaux axes de cette collaboration ?

Je suis convaincue que nous sommes sur un bon chemin et que nous allons pouvoir renforcer ce partenariat historique et riche que nous avons bâti depuis 50 ans. L’Union européenne reste fermement attachée à cette relation, car nous sommes convaincus qu’elle est mutuellement bénéfique. La prospérité, la stabilité et la sécurité de notre voisin méridional le plus proche est également dans l’intérêt de l’UE.

C’est pour cela que le Maroc est un des bénéficiaires prioritaires de la politique de voisinage de l’UE avec plus ou moins 200 millions d’euros de dons par an, ajoutés à plusieurs milliards d’euros de prêts par les banques de développement européennes et des contributions importantes des États membres de l’Union. Il y a quelques semaines, j’ai signé un accord de financement pour la protection sociale à hauteur de 100 millions d’euros. Une autre réforme ambitieuse qui est en cours depuis l’année passée est celle de la Justice. Ce ne sont que quelques exemples d’un portefeuille très vaste.

La coopération traditionnelle ne suffira jamais à créer la croissance nécessaire pour répondre aux besoins du Maroc en termes d’emplois. Cela passe inéluctablement par le secteur privé, et nous appuyons cela en employant une partie de nos ressources, pour faciliter les réformes du cadre règlementaire avec l’expertise et l’appui technique européens. Ceci est complété par nos facilités d’investissement conçues pour encourager l’engagement des investisseurs et des institutions de financement. Il faut donc désormais que les responsables – privés comme publics – donnent à ce processus sa crédibilité dans la durée pour attirer des investissements productifs.

Sur quels chantiers travaille actuellement la Délégation de l’Union européenne au Maroc ? Comment s’annoncent les négociations en vue de la mise en place des nouveaux accords commerciaux, notamment l’accord de pêche ?

Nous entamons un nouveau cycle de programmation 2018-2020. C’est une tâche que nous réaliserons conjointement avec le Gouvernement marocain. Les discussions ont été entamées pour lancer le dialogue dans les semaines à venir.

Bien évidemment, les grandes lignes seront maintenues, notamment le développement durable et inclusif, les questions commerciales et l’investissement dans l’esprit de l’économie verte.

En ce qui concerne les accords économiques, l’accord agricole, l’accord sur les produits de la pêche et le protocole de pêche, nous sommes sur un bon chemin. Il est prévu de commencer les négociations avec le Maroc pour un nouveau protocole dès que possible au courant du mois d’avril. Je suis optimiste quant au fait que nous allons réussir à trouver des solutions pour les deux accords dans les mois qui viennent.

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