Cameroun : un pays en plein essor

Interview de Landry R. Noutchang, Directeur de la Promotion et de la Coopération de la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat du Cameroun.

Landry NoutchangConjoncture.info : Quels sont les grands chantiers lancés par le Cameroun et quelles sont les retombées attendues ?
Landry R. Noutchang : Parmi les grands chantiers en cours au Cameroun, on peut noter les projets d’extension de notre capacité énergétique, ainsi que ceux relatifs à la réhabilitation de notre réseau routier et à la construction de logements sociaux.
A ce titre, concernant les projets énergétiques, je citerai les projets de barrage hydroélectrique de Nachtigal dont la capacité sera de 230-250 MW pour un coût d’environ 589 millions USD, le barrage de Memvé’élé qui produira 201 MW pour un coût de l’ordre de 365 milliards de FCFA., la centrale à gaz naturel de Kribi, d’une capacité de 216 MW, extensible à 330 MW et d’une ligne de transport d’énergie à 225 kV de 100 km pour l’évacuation de l’énergie à Edéa, pour un coût estimé au total autour de 165 milliards de FCFA.
À ces projets, s’ajoutent également les projets des centrales électriques de la Mentchum, de Bini à Warak et de Son Dong ainsi que les programmes de développement de l’énergie solaire et photovoltaïque en milieu rural pour un montant de 20 millions USD. Pour ce qui est des projets d’infrastructures et de construction de logements, l’on notera, le projet de Yard pétrolier de Limbé et la construction de 3 500 logements pour les travailleurs du chantier naval pour un coût approximatif de 100 millions USD. La construction de routes telles que l’autoroute Yaoundé-Douala/Nsimalen-Yaoundé et l’aménagement des entrées « Est » et « Ouest » de Douala viennent compléter la liste de ces projets. Il ne faut pas oublier la construction de 10 000 logements sociaux, pour un coût estimé à 200 millions USD et la construction d’équipements publics (écoles, bibliothèques, centres de santé, d’hôpitaux, etc.) pour un coût estimé à 4,5 millions USD. Enfin il y a la construction du complexe industrialo-portuaire de Kribi et le deuxième pont sur le Wouri (Douala) dont le coût s’élève à près de 100 milliards de francs CFA (environ 150 millions d’Euros).

Quels sont les atouts du marché camerounais ?
Le marché camerounais se distingue par une économie dynamique et enregistre aujourd’hui un taux de croissance d’environ 5,5 %. C’est un marché qui bénéficie d’une réelle stabilité politique et institutionnelle. Sa position géostratégique le situe au cœur de l’Afrique Centrale et équatoriale. Le Cameroun est la porte d’entrée et le moteur économique de la sous-région de la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire des États de l’Afrique Centrale). Il s’agit d’un marché de 21 millions d’habitants, représentant plus de 50 % du PIB de la sous-région. Ouvert sur l’océan Atlantique, le Cameroun partage ses frontières avec cinq pays de la sous-région de l’Afrique centrale et donne accès à un marché de plus de 150 millions de consommateurs nigérians. Cela représente une position commerciale unique.
Le Cameroun regorge de ressources en énergie hydroélectrique, de ressources naturelles riches, variées et inexploitées, d’un potentiel industriel diversifié et sous-exploré, de liaisons routières, aériennes et maritimes viables et de réseaux de télécommunications modernes. Le pays dispose également d’une main-d’œuvre abondante, jeune (60 % de la population ayant moins de 30 ans), qualifiée, compétente et abordable et, enfin, dotée d’une grande capacité d’adaptation. La réglementation du travail est actuellement libéralisée et repose essentiellement sur des négociations entre employeurs et employés. De même, notre fiscalité est attractive avec 30 % de taux d’imposition sur les sociétés, 16,5 % pour les dividendes et le taux moyen, pour la part patronale, oscille entre 19 et 23 %. Même si beaucoup reste à faire, notre pays dispose d’un environnement des affaires qui s’améliore davantage, d’année en année, grâce à l’impulsion des réformes macroéconomiques qui ont été mises en œuvre. Il offre également un secteur financier entièrement remanié et un cadre incitatif pour le développement des affaires. Ce cadre a notamment été amélioré grâce à l’adhésion de notre pays aux institutions internationales telles que l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) ou l’Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (MIGA), qui favorise la sécurité des investissements privés.

Quels sont les secteurs les plus porteurs ?
Le Cameroun jouit d’un avantage concurrentiel dans certains secteurs tels que la transformation du bois et l’agro-industrie et plus précisément la transformation des produits agricoles, des industries animales et de la pêche. En effet, le secteur de l’agriculture est le premier employeur au Cameroun avec plus de 70 % de la population active. Il représente 42 % du Produit National Brut et 51 % des exportations. Le potentiel agricole est très riche et diversifié en raison de la situation géographique du Cameroun et de ses conditions climatiques favorables. Le potentiel des terres cultivables se chiffre à 9,2 millions d’hectares. Le Cameroun dispose également d’un grand potentiel touristique avec plusieurs réserves naturelles notamment dans la région nord, des attractions culturelles dans la région de l’Ouest, ainsi que des plages et des réserves dans le Sud et le Sud-Ouest. Les activités liées aux technologies de l’information et des télécommunications (téléphone mobile, informatique, internet) sont également très porteuses. Enfin, le marché du logement camerounais est confronté à une pénurie énorme. Le nombre approximatif de logements nécessaires pour répondre à la demande actuelle est d’environ 1 500 000 et la demande augmente de 10 % chaque année.

Quels conseils donneriez-vous à une entreprise marocaine qui souhaite s’implanter ou se développer au Cameroun ?
Tout d’abord, je lui rappellerais que le Royaume du Maroc et le Cameroun ont établi des relations diplomatiques depuis 1966 et que plusieurs protocoles d’accords ont été signés entre les deux pays. De plus, le Maroc a déjà réalisé d’importants investissements dans notre pays, à l’instar de la construction récente d’une usine de production de ciment (CIMAF) mais également dans le domaine de l’eau via la CAMWATER ou encore dans le secteur bancaire à travers Attijariwafa bank et le secteur des transports avec Royal Air Maroc. Aussi, je suggèrerais aux entreprises marocaines de tirer pleinement profit du cadre incitatif à l’investissement privé qu’offre la Loi n° 2013/04 du 18 avril 2013. Ces incitations, qui peuvent être accordées aux investisseurs marocains, sont de quatre types. Il existe, tout d’abord, des incitations communes qui concernent les exonérations pendant 5 ans ou les réductions pendant 10 ans des droits d’enregistrement, des droits de mutation, de la TVA et droits et taxes de douane. Il existe également des incitations spécifiques relatives, notamment, à l’exonération de la TVA sur les crédits, à l’exonération de la taxe foncière, à l’enlèvement direct des équipements importés, à l’admission temporaire spéciale ou encore à l’exonération des droits de sortie pour les entreprises exportatrices. De même, la Loi prévoit des incitations administratives en vue de faciliter l’obtention des visas spécifiques, des titres de séjour et permis de travail, des actes fonciers, ainsi que des certificats de conformité environnementale. Enfin, le dernier volet concerne les incitations financières relatives au libre transfert des dividendes, à la possibilité d’ouverture des comptes en monnaie locale au Cameroun ou à l’étranger, au libre encaissement des fonds acquis ou empruntés à l’étranger ainsi qu’au libre encaissement à l’étranger des recettes liées aux opérations, dividendes et produits des capitaux investis.

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