Avec l’usine de Kénitra, PSA vise les marchés d’Afrique et du Moyen-Orient

Actuellement de 100 000 voitures par an, la capacité de l’usine passera à 200 000 unités en 2021 et sa production, exportée via Tanger Med, sera tournée vers l’Afrique et le Moyen-Orient. Après Renault en 2012, PSA est le deuxième constructeur à implanter une unité dans le Royaume.

Quatre ans après le lancement officiel du projet, la vaste usine PSA de Kénitra a été inaugurée jeudi 20 juin par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Chaque année, 100 000 véhicules et moteurs sortiront des lignes de montage de ce site implanté dans la zone franche Atlantic Free Zone. L’événement a été aussi l’occasion de lancer la phase 2 du projet, c’est-à-dire le passage à 200 000 véhicules et moteurs par an « en 2021 », selon Jean-Christophe Quémard, Directeur de la zone Moyen-Orient et Afrique de PSA. Néanmoins, le constructeur avait annoncé l’an dernier que cette capacité serait atteinte en 2020.

« Le Maroc est au cœur de la stratégie industrielle de PSA », a assuré Jean-Christophe Quémard dans son discours. Car, outre l’usine flambant neuve de Kénitra, l’entreprise a également implanté au Maroc un centre de recherche et développement (R&D) ainsi que son siège de la zone Moyen-Orient et Afrique. « Cette usine se situe au niveau des meilleurs standards et démontre le savoir-faire et l’excellence du “Made in Morocco” », a estimé Jean-Christophe Quémard.

« La quasi-totalité des 208 vendues en Afrique produites au Maroc »

Le modèle produit à Kénitra, la nouvelle Peugeot 208, a été dévoilé pendant l’inauguration. Il sera bientôt commercialisé en deux motorisations, électrique ou thermique, mais seule cette dernière sera réalisée au Maroc. « L’usine a la capacité de produire la version électrique. Si le besoin existe, il suffira de réaliser quelques adaptations », précise Jean-Christophe Quémard qui indique également que « La quasi-totalité des 208 vendues en Afrique seront construites au Maroc ».

Ainsi, la production de l’usine sera tournée vers l’Afrique et le Moyen-Orient avec pour objectif d’écouler 700 000 véhicules dans la zone en 2021. En 2017, le groupe avait vendu 618 800 unités, dont 444 600 en Iran, mais le retrait de l’entreprise de ce pays suite aux sanctions américaines a eu un fort impact : au premier semestre 2018 (derniers chiffres disponibles), les ventes de PSA dans la région étaient en baisse de 18,6 %.

Des avantages menacés ?

En s’implantant à Kénitra, PSA profite des avantages de la zone franche : exonération de l’impôt sur les sociétés (pendant cinq ans), de la TVA et des droits de douane. Les voitures seront transportées par rail au port de Tanger Med pour être exportées. Le Groupe français marche ainsi sur les pas de son concurrent Renault, installé depuis 2012 dans une zone franche toute proche de ce port. Pour rappel, la marque au losange a produit 402 082 véhicules dans le Royaume en 2018, dont 89 % ont été exportés.

Pendant l’inauguration, le Ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie Numérique, Moulay Hafid Elalamy, a d’ailleurs annoncé que le Maroc prenait en charge « le différentiel minime de coût du transport » pour PSA par rapport à Renault, « en attendant l’ouverture du port Kénitra Atlantique ».

Les avantages accordés aux entreprises installées en zone franche pourraient néanmoins être menacés. En mars dernier, le Maroc a été maintenu sur la liste grise des « paradis fiscaux » de l’Union européenne (UE). Pendant la conférence de presse qui a suivi la cérémonie, Moulay Hafid Elalamy a voulu rassurer : « Nous travaillons avec l’UE à une solution qui arrange tout le monde ».

Dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle (PAI), le Ministère de l’Industrie a également mis en place des subventions destinées à ceux qui s’inscrivent dans les « écosystèmes » définis par le gouvernement. Les entreprises profitent aussi de la main-d’œuvre bon marché, notamment par rapport au coût du travail en Europe.

60 % de taux d’intégration locale

L’ouverture de l’usine PSA s’est accompagnée de 27 nouvelles implantations d’équipementiers et l’écosystème PSA a déjà créé 19 000 emplois directs, selon le Ministère de l’Industrie du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie Numérique. À terme, le site doit employer à lui seul 4 000 personnes et le taux d’intégration locale, actuellement de 60 %, devrait atteindre 80 %. PSA s’est d’ailleurs engagé à s’approvisionner au Maroc à hauteur de 1 milliard d’euros en 2022.

Avec les usines Renault (Somaca à Casablanca et Tanger Med) comme fer de lance, l’industrie automobile s’est imposée comme le premier secteur d’exportation du Maroc avec plus de 6 milliards d’euros en 2018. Après Renault et PSA, un troisième constructeur, le leader chinois du véhicule électrique BYD, a annoncé son implantation dans le Royaume en 2017, mais elle ne s’est pas encore concrétisée.

Rémy Pigaglio

Articles à la une