Abdou Diop, invité de Conjoncture

Interview de Monsieur Abdou Diop, Président de la Commission Afrique et Sud-Sud de la CGEM et Executive Partner du Cabinet Mazars

« Il faut préserver et promouvoir la marque Maroc »

Conjoncture : Depuis quelques années, le Maroc s’est positionné en tant que hub vers l’Afrique. Quel est l’enjeu des relations Sud-Sud pour le Maroc ?

Abdou Diop : Aujourd’hui, très clairement, le Maroc a besoin de diversifier ses marchés de destination pour plusieurs raisons. Premièrement, les marchés traditionnels commencent à atteindre leurs limites, soit en termes de potentiel de croissance, soit en termes de rentabilité. Deuxième raison, il existe des marchés à fort potentiel que le Royaume n’a pas encore eu vraiment le temps d’exploiter. Troisième raison, le pays bénéficie d’atouts auprès de marchés qui peuvent être importants demain et qui, aujourd’hui, ne sont pas tout à fait adressés. Il existe donc un besoin réel de diversification et la solution se trouve en grande partie dans les pays du Sud. Le Maroc doit ainsi revoir le mode de coopération avec les différents pays et s’orienter de manière très forte vers le Sud, c’est d’ailleurs ce qui est fait depuis une dizaine d’années. Ce ne sont pas forcément des marchés plus faciles ou plus accessibles, car l’offre marocaine y est parfois considérée comme encore jeune. Ce sont des marchés où le Maroc dispose d’atouts, des a priori positifs pas toujours mesurables. Dans beaucoup de pays d’Afrique, il y existe en effet un sentiment de proximité avec le Maroc, même si cela ne se traduit pas économiquement.

Quel bilan peut-on dresser de cette stratégie ?
Il n’est pas toujours facile de pénétrer dans certains marchés, car il existe une dimension culturelle à appréhender, une dimension logistique qui n’est pas évidente et, enfin, une méconnaissance du marché. Nous sommes partis d’un plan d’action sur les « champions nationaux » qui, ces dix dernières années, se sont positionnés, chacun dans leur domaine. Les résultats les plus intéressants concernent le secteur financier. Les banques marocaines sont en effet devenues des établissements de référence sur le continent. Les entreprises immobilières ont, elles aussi, pu percer et décrocher des marchés assez intéressants. Parmi elles, certaines se sont lancées dans la cimenterie, Addoha notamment avec les Ciments de l’Afrique. Derrière, le secteur électrique a connu un développement très fort sur le continent.
Donc, il y a une présence intéressante, portée par des champions nationaux. Mais est-ce que les chiffres qui en découlent sont à la hauteur des attentes ? Oui pour le secteur bancaire et non pour le reste de l’économie. Actuellement, la part de l’Afrique dans l’économie marocaine est encore insuffisante. Or, nous avons beaucoup de PME très riches, c’est-à-dire qui disposent du savoir-faire exportable, des capacités humaines pour accompagner leur développement à l’international et qui peuvent accéder à des marchés porteurs. Mais nous devons avoir une stratégie réelle pour les inciter à se développer à l’international. Donc, le bilan est intéressant, mais encore insuffisant au regard du potentiel énorme qui se trouve dans les pays du Sud, en particulier l’Afrique centrale et surtout l’Afrique de l’Est qui est encore quasiment inexplorée.

Malgré les régimes préférentiels dont ils bénéficient, les exportateurs marocains sont encore frileux : comment les encourager à se développer vers ces pays ?
Pour se développer à l’international, outre l’offre exportable et les ressources, une vraie volonté, une vraie stratégie sont indispensables. On ne peut pas suivre un phénomène de mode ou une logique de coût. Ainsi, le premier travail consiste à identifier ces entreprises qui ont une offre exportable. Ensuite, il s’agit d’identifier celles qui veulent réellement se développer à l’international. Il importe de les accompagner et les aider à se structurer. L’Afrique, par exemple, représente 54 pays et englobe énormément de marchés : nous ne pouvons pas demander aux PME d’aller explorer n’importe quel pays. Afin de leur faciliter le choix, nous devons disposer d’outils d’intelligence économique et d’études. Il est en effet beaucoup plus rentable d’investir 10 millions de dirhams dans 20 études de marché sectorielles dans des pays bien précis plutôt que de donner un million de dirhams à 20 entreprises pour s’implanter à l’international. L’impact sera beaucoup plus important.
Enfin, il convient de consolider les accords de libre-échange. Sur l’ensemble des pays africains en dehors de l’UMA, le Maroc a signé seulement deux conventions de non double imposition, ce qui est totalement insuffisant par rapport à nos ambitions. Le Royaume gagnerait à adhérer à la CEDEAO, à la CEMAC ou à un certain nombre d’organismes communautaires, pour aboutir à un vrai positionnement et un vrai accord de libre-échange avec ces pays.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans la revue Conjoncture du mois de septembre, réservée aux adhérents de la CFCIM

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