Abderrahmane Semmar, invité du Forum Adhérents

« Nous n’avons pas exploité à fond le choix stratégique des PPP »

Abderrahmane Semmar, Directeur des Entreprises Publiques et de la Privatisation au sein du Ministère de l’Économie et des Finances était l’invité, le 19 septembre dernier, du Forum Adhérents de la CFCIM. Retour sur cette rencontre qui avait pour thématique : « Le secteur des entreprises publiques : enjeux et mutations »

Au Maroc, les établissements et entreprises publics jouent un rôle essentiel dans les différents écosystèmes économiques. « Dans tous les secteurs, le Maroc a choisi d’agir selon la déclinaison en stratégie sectorielle pluriannuelle. Vous trouverez des établissements et des entreprises publics impliqués dans toutes ces stratégies, et ce, pour ne pas dire qu’ils sont les porteurs de la stratégie » souligne Abderrahmane Semmar.

Au moment où le Royaume remet à plat son modèle de développement, ce rôle devient encore plus déterminant dans un contexte national et international « empreint d’incertitude et marqué par de grands défis, mais aussi de grandes ambitions ». Ce nouveau modèle se veut plus inclusif : « le choix a été fait au plus haut niveau de miser sur le social, sur la jeunesse ainsi que sur la réduction des inégalités territoriales. », a rappelé Abderrahmane Semmar avant de dresser un état des lieux.

« Le secteur des entreprises publiques est composé d’une population très hétérogène : nous avons 210 établissements publics qui ont la forme d’une personne de droit public et une quarantaine d’entreprises sous forme sociétaire. Ces établissements et entreprises détiennent des filiales et des participations qui sont au nombre de 477. », poursuit-il. Chaque année, les établissements et entreprises publics dépensent 70 à 80 milliards de dirhams d’investissement.

Et les retombées sont au rendez-vous : « les investissements du passé ont produit leurs effets (…) nous sommes passé d’un chiffre d’affaires de 211 à 240 milliards et la valeur ajoutée se consolide également. », indique Abderrahmane Semmar.

« Une autre force des établissements et des entreprises publics est leur excellente répartition territoriale : 62 % ont une présence locale et régionale. Et nous considérons que c’est un excellent atout pour réussir la régionalisation avancée. », ajoute-t-il.

Améliorer l’efficacité de l’investissement du secteur public

Dans ce tableau globalement positif, Abderrahmane Semmar souligne toutefois quelques fragilités, notamment un déséquilibre au niveau des transferts réciproques :

« Nous (le Ministère des Finances) subventionnons des établissements publics pour leur fonctionnement ou leur développement. Cela a représenté un montant de 36 milliards de dirhams en 2019. Et de l’autre côté, certains des établissements et des entreprises sont bénéficiaires et nous en tirons des dividendes, soit un total de 10 milliards en 2019. »

Autre problématique, le mauvais taux de réalisation des investissements des établissements et entreprises publics qui ont pourtant connu une hausse constante ces dernières années. « Il y a dix ans, au moment de la crise de 2008, le Maroc avait fait un choix stratégique de mener une politique contracyclique qui s’est traduite par un accroissement de la demande en matière d’investissement public et par la révision des rémunérations. (…) Nous avons été volontaristes sur l’investissement public, mais malheureusement nous avons constaté que les capacités managériales opérationnelles et financières ne suivaient pas, ce qui a fait baisser le taux de réalisation des investissements. Il y a eu un électrochoc à partir de 2016-2017 et le taux est en train de se redresser », constate Abderrahmane Semmar.

Il met également en lumière un autre écueil : « nous considérons le modèle d’établissement ou d’entreprise public comme plus efficace que celui de l’administration classique. C’est pourquoi il y a eu beaucoup d’établissements publics qui ont été créés ces dernières années. Malheureusement cela ne s’est pas accompagné d’une optimisation au niveau des administrations concernées, ce qui a généré des doublons ou un manque d’efficacité. »

Autre défi, il est, selon Abderrahmane Semmar, vital de développer les synergies entre le secteur public et privé, notamment à travers les Partenariats Public-Privé (PPP) : « nous considérons que nous n’avons pas exploité à fond ce choix stratégique du Maroc. Les PPP n’ont pas donné les fruits que l’on espérait », déplore-t-il.

Un plan d’actions complet

Afin de remédier à ces fragilités, la Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation (DEPP) est en train de mettre en place un plan d’action dont certaines mesures seront lancées dès la prochaine Loi de Finances, en cours de préparation.

Le premier chantier consiste à élaborer des contrats-cadres avec les établissements et entreprises publics en vue de « travailler sur la solidité du modèle financier par rapport aux délais de paiement ». « Le 2echantier sur lequel nous travaillons c’est celui de la réforme du contrôle et de la gouvernance des entreprises publiques. Dans ce projet, nous allons passer après 6 ans d’une approche de type conseil et guide de bonnes pratiques à de réelles règles de droit », annonce Abderrahmane Semmar.

Les autres axes d’intervention concernent la relance du process de privatisation et le développement des PPP ainsi que l’amélioration du climat des affaires. Par ailleurs des mesures sont également prévues dans le cadre de la démarche anticipative de gestion des risques des établissements publics et de l’accompagnement dans le domaine de la digitalisation.

À la fin de son exposé, Abderrahmane Semmar a cédé la place à deux de ses collaboratrices du Ministère de l’Économie et des Finances : Sarra Bahij, Chef du Service Suivi Post-Transfert, qui a présenté la privatisation et les PPP et Nouzha Frej, Chef du Service des Procédures, qui a mis en lumière les avancées du Ministère des Finances en matière d’amélioration du climat des affaires.

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