7e édition de l’Observatoire International du Commerce d’Euler Hermes

Crédit photo : Euler Hermes

C’est le rendez-vous organisé chaque année par Euler Hermes afin de présenter les perspectives économiques nationales et internationales pour l’année 2020. La dernière édition de l’Observatoire International du Commerce a réuni le 28 novembre dernier à Casablanca plus de 700 participants autour de la thématique « Quel modèle d’accélération économique du Maroc à l’horizon 2020-2030 ? »

EH_0272« Nous avons toujours voulu faire de cette conférence un espace de débat au sujet de l’économie de notre pays. Il était donc évident pour nous que d’inscrire cette 7e édition sous le signe du changement. D’une part, parce que dans quelques semaines nous ferons nos adieux à une décennie pour en accueillir une nouvelle. D’autre part, parce que toutes les forces vives de notre cher pays réfléchissent actuellement aux changements que le Maroc doit opérer pour faire de cette nouvelle décennie celle de la croissance inclusive » a déclaré Tawfik Benzakour, Directeur Général d’Euler Hermes ACMAR dans son allocution d’ouverture.

Ce fut ensuite au tour Wilfried Verstraete, Président du Directoire du groupe Euler Hermes, de s’exprimer. Il a, en outre, rappelé les grandes orientations stratégiques du Groupe : « Notre mission, celle que nous nous sommes donnée à travers le monde, c’est de donner confiance aux entreprises. Confiance pour aller de l’avant, confiance pour entamer leur croissance et surtout pour se développer notamment à l’international. Cette promesse est d’autant plus importante aujourd’hui (…) que nous observons depuis quelque temps une décélération de la croissance globale accompagnée d’une baisse générale du niveau des exportations. Il va de soi qu’aujourd’hui les perspectives économiques sont moins bonnes qu’elles ne l’étaient il y a un ou deux ans. Mais en tant que leader mondial de l’assurance-crédit, notre mission est également d’aider nos clients à surmonter les cycles. »

Ralentissement du commerce international et incertitude croissante

Le Directeur de la recherche macro-économique d’Euler Hermes, Alexis Garatti, a ensuite présenté les perspectives économiques mondiales 2020. « Nous subissons à l’heure actuelle l’effet de trois chocs d’ampleur historique. Le premier d’entre eux est un choc brutal sur le commerce international. Le Président Trump a décidé d’accroître le niveau du protectionnisme américain vis-à-vis du reste du monde et notamment vis-à-vis de la Chine. Cela a abouti à une perturbation significative des flux de commerce. » Aux États-Unis, depuis l’élection présidentielle, le niveau des droits de douane est en effet passé de 3,5 % en moyenne à près de 8 %, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis les années 70. Ainsi le commerce international qui, jusqu’alors, contribuait de manière positive à la croissance mondiale devrait l’impacter négativement au cours des deux années à venir.

Le deuxième choc évoqué par Alexis Garatti est de nature politique : « On observe une multiplication des foyers de tension un peu partout dans le monde. Cela reflète cette incapacité du modèle libéral à résoudre le problème de l’accroissement des inégalités. Nous arrivons à un point limite où il y a une sorte d’urgence à répondre à cette question des inégalités. L’absence de réponse satisfaisante crée des tensions politiques et la montée des partis populistes ». Par conséquent, ce choc a augmenté de manière significative l’incertitude pour les investisseurs et cela explique également la décélération de la croissance. « Le troisième choc que j’appellerais un contrechoc est la réaction des politiques monétaires. Nous avons assisté à une réaction très forte des banquiers centraux et des gouvernements qui se sont lancés dans des politiques expansionnistes, saisissant l’urgence de la situation », indique Alexis Garatti. Ainsi, de nombreuses banques centrales ont baissé les taux ou ont opéré une politique de stabilisation, comme cela avait été le cas lors de la crise des subprimes.

Autre signe inquiétant : la hausse historique des niveaux de stock à l’échelle internationale qui, associée à une accumulation de la dette (257 trillions de dollars), présage une baisse durable de la demande. C’est pourquoi on constate une hausse des défaillances d’entreprises à l’international, que ce soit en termes de fréquence ou de gravité. Elles devraient ainsi augmenter de 8 % en 2019 et en 2020. « On prévoit 1,5 % de croissance en volume du commerce international en 2019 et 1,7 % pour 2020 », annonce l’économiste. Pour faire face à cette baisse de la demande internationale, beaucoup de pays, dont le Maroc, se sont tournés vers la demande intérieure et ont mis en place des politiques économiques visant à améliorer la redistribution.

Dans ce contexte de ralentissement du commerce international, les biens intermédiaires intervenant dans les chaînes de production globalement intégrées sont particulièrement touchés. « On assiste à une réorganisation des chaînes de production à une rapidité assez impressionnante. », constate Alexis Garatti. « La complexité de ces chaînes de production globalisées ne fonctionne plus trop avec le niveau de protectionnisme que l’on connaît au niveau international. (…) Le temps que ces chaînes de production se réorganisent, c’est de la croissance en moins », analyse-t-il.

Suite à la hausse du niveau de protectionnisme et à la réorganisation des chaînes de production, on constate en outre le détournement des flux commerciaux au profit de quelques pays. Pour tirer parti de ce nouveau contexte géostratégique, le Maroc doit identifier ces nouvelles routes commerciales et se positionner sur celles qui sont les plus prometteuses.

Le Maroc également impacté par la baisse de la croissance

La baisse de la demande en provenance de l’Europe va provoquer un ralentissement de la croissance marocaine. Euler Hermes estime cette dernière à 2,4 % en 2019 et à 2 % en 2020, une moyenne inférieure à celle des années précédentes. Le nombre de défaillances devrait quant à lui augmenter de 7 % en 2019.

La décélération de la croissance marocaine devrait toutefois être compensée par la demande intérieure, portée par une faible inflation et une certaine résilience de la consommation. « Les nouvelles réorientations des politiques économiques du gouvernement marocain, qui va se tourner un peu plus vers objectifs sociaux d’éducation et de santé qui vont également soutenir la demande interne » explique Alexis Garatti.

À plus long terme se posera le problème de la diversification des activités. Or, l’économie marocaine reste encore trop dépendante de l’agriculture et des aléas climatiques, d’où l’importance pour le pays de trouver de nouvelles activités. Les autres secteurs pesants dans l’économie du Maroc, les phosphates et l’automobile, ont connu une forte baisse de leurs exportations depuis le début de l’année.

L’économiste se veut toutefois rassurant : « Ce que l’on voit ce sont des informations assez rassurantes quant à la cohérence de la politique marocaine. Le Maroc a été constant en ce qui concerne le travail de promotion de son attractivité et d’ouverture » Le Maroc a ainsi progressé de 15 places dans le classement Doing Business de la Banque mondiale sur le critère des réformes. Il bénéficie en outre d’infrastructures de qualité par rapport à d’autres pays africains.

Néanmoins, un des critères sur lesquels le Royaume reste à la traine est le financement pour les entreprises ou les ménages, et ce, alors même qu’il dispose d’institutions financières solides. Cette difficulté d’accès au crédit aggrave la problématique des délais et des défauts de paiement.

Un autre problème rencontré par le Maroc est la faiblesse de l’effet multiplicateur de l’investissement public. « Tant qu’il y aura de l’incertitude [des ménages marocains], l’effet de transmission, l’effet multiplicateur sera assez faible. Et tant que les progrès en termes d’emploi seront insuffisants, il y aura cette sorte de blocage quant à l’efficacité des politiques économiques. D’où la nécessité d’offrir plus de protection aux ménages pour qu’ils se sentent plus en confiance et pour qu’ils réagissent de manière plus positive, comme les entreprises, aux impulsions en provenance du secteur public. », explique Alexis Garatti.

Il est ensuite revenu sur le succès de l’opération de flexibilisation du dirham qui a constitué un signal très positif d’ouverture vis-à-vis des investisseurs étrangers. « Cette libre circulation du capital entre le pays et le reste du monde nécessite une fluctuation libre du taux de change. La Banque centrale du Maroc s’est engagée dans une politique de libération des mouvements de la monnaie nationale. Quelle a été la conséquence de cela ? Il n’y a eu aucune conséquence, hormis la stabilité du dirham. »

« Le gros avantage du Maroc par rapport au reste de l’Afrique c’est un message de stabilité, de transparence, de réforme. Voilà des gages pour le futur qui sont très importants pour attirer des investissements en provenance de l’étranger », souligne Alexis Garatti qui a conclu son intervention par un message se voulant optimiste : « Je suis convaincu que le Maroc a le potentiel de devenir le joyau de l’Afrique dans quelques années ».

La rencontre s’est poursuivie par un débat sur le thème : « Quel modèle d’accélération économique du Maroc à l’horizon 2020-2030 », animé par Dounia Taarji, Présidente du Directoire du Fonds Hassan II pour le Développement Économique et Social, Lamia Merzouki, Directrice Générale Adjointe de Casablanca Finance City, Younes Sekkouri, Doyen Régional Afrique de l’École Ponts Business School, Amine Diouri, Directeur des études au sein d’Inforisk et Stéphane Colliac, Économiste senior au sein d’Euler Hermes.

Articles à la une