3 questions à Mihoub Mezouaghi, Directeur de l’Agence française de développement (AFD) au Maroc

« 200 millions d’euros de prêts de l’AFD signés pendant l’été »

Conjoncture : cet été, l’AFD a annoncé trois conventions de financement, sur l’inclusion financière des PME, la sécurité des aéroports et l’eau potable, pour 200 millions d’euros en tout. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces projets ?

Mihoub Mezouaghi : Tout récemment, nous avons en effet signé une convention de prêt de 100 millions d’euros avec Finéa, filiale de la CDG, afin de renforcer l’inclusion financière des très petites, petites et moyennes entreprises et financer des projets à co-bénéfice climat, c’est-à-dire favorisant l’atténuation et/ou l’adaptation aux effets du changement climatique. Le prêt est associé à de l’assistance technique pour Finéa.

Nous avons aussi conclu, en juillet, un accord de prêt de 50 millions d’euros avec l’ONDA pour financer d’une part des projets relatifs à la sécurité aérienne et à la sûreté des aéroports et, d’autre part, d’accompagner l’ONDA dans sa démarche de transition énergétique. Une composante spécifique du programme est la réalisation d’une étude sur l’efficacité énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables au sein des principaux aéroports marocains. Cette étude permettra ensuite d’élaborer un plan d’actions (mesures d’efficacité énergétique et déploiement des énergies renouvelables).

Enfin, nous avons signé en juillet également une convention de prêt avec l’ONEE, dans l’objectif d’améliorer et de sécuriser l’accès à l’eau potable au nord du Maroc, tout en préservant les ressources en eau grâce à l’amélioration du réseau de distribution et la mobilisation de ressources pérennes. Elle complète un accord de financement conclu en décembre 2018, portant la participation financière de l’AFD à 101 millions d’euros.

Pour cette dernière convention, pourquoi agir dans le Nord en particulier ? Le contexte de sécheresse crée-t-il une urgence supplémentaire ?
Malgré les importantes avancées réalisées sur le réseau de distribution d’eau potable, certaines zones du pays ne sont pas desservies ou connaissent des dysfonctionnements dans leurs accès à la ressource. C’est le cas des régions rurales des provinces d’Al Hoceima, Driouch, Nador et Taounate, qui sont ciblées par ce programme. Le taux d’accès à l’eau potable y est de 86 %, alors que la moyenne nationale est de 96,5 %.

Les équipements et travaux financés dans le cadre de ce prêt permettront à plus de 150 000 habitants de bénéficier d’une desserte en eau potable fiable, en qualité et en quantité. En zone urbaine, des infrastructures de production, d’alimentation et de stockage seront réalisées ou réhabilitées, afin d’améliorer la qualité et les performances du service d’eau potable. Le projet cible en effet une région déjà soumise à un stress hydrique important et qui sera confrontée dans les prochaines années au tarissement accru des ressources souterraines et à la diminution conséquente des précipitations. Agir pour une meilleure résilience de ces territoires face au changement climatique est un impératif. La stratégie de l’ONEE à cet égard consiste à se baser en particulier sur des barrages et des installations d’ouvrages d’adduction.

Allez-vous lancer des projets importants au deuxième semestre 2019 ?
Nous allons concrétiser des projets de soutien à l’emploi, notamment via l’entrepreneuriat et l’insertion économique des jeunes, et de réduction des déséquilibres territoriaux, en privilégiant un accompagnement financier et technique aux collectivités locales. Ces projets sont au centre du dernier discours de Sa Majesté sur le nouveau modèle de développement. Par ailleurs, nous venons de conclure avec le Ministère de l’Économie et des Finances un partenariat de dialogue stratégique de politiques publiques, qui prévoit un programme d’études et de séminaires avec trois axes stratégiques : l’incidence fiscale de la réduction des inégalités au Maroc, l’impact de la future zone de libre-échange panafricaine sur l’économie marocaine et enfin l’impact économique du changement climatique. Nous présenterons les résultats de l’étude portant sur les effets de la politique budgétaire sur la pauvreté et les inégalités au Maroc à l’occasion d’un séminaire qui aura lieu le 24 septembre à Rabat.

Rémy Pigaglio

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